Introduction au monde du double

L’expérience chamanique ne peut être comprise si l’on ne comprend pas la notion du double. Si l’animisme fait partie du chamanisme, il n’est pas le chamanisme. Certes, le chamanisme reconnaît une âme aux êtres animés et aux choses inanimées. Mais, de plus, il intègre la très complexe notion du double, de l’autre monde. Sujet qui mérite un ouvrage en entier. Disons simplement qu’en complément parfois antagoniste mais toujours complémentaire coexistent notre monde et un autre monde. Chacun de ces mondes s’ouvre et se ferme tour à tour, mais ils sont toujours imbriqués l’un dans l’autre.

Bien entendu chacun de ces mondes possède ses propres lois, son mode opératoire. Notre monde étant incarné, il est plus grossier, plus lourd et plus tributaire de l’espace et du temps. De même que nous avons un corps physique, nous avons un corps subtil, notre double qui se trouve donc très sensible aux messages de l’autre monde. De même, notre corps subtil peut nous permettre de nous accorder à l’autre monde et de communiquer avec lui. Dans la tradition Nordique, il existe d’ailleurs tout un code pour décrire cette communication. Cette philosophie est également centrale chez les Celtes.

Le passage de la vie à la mort est d’ailleurs perçu comme un passage vers l’autre-monde. Le monde des vivants et des morts étant imbriqués l’un dans l’autre explique la force du culte des ancêtres fondement même du chamanisme. Cette notion de culte des ancêtres est fondamentale, elle est universelle dans le chamanisme : Australien, Polynésien, Mongol, Altaïque, Sibérien, Nord Euro-asiatique, Américain. Justifiant en cela tous les rites, les cérémonies, les gestes, les actes autour des anciens. Les anciens participent à la vie : ils sont les enseignants, la sagesse, la connaissance, la transmission.

Si notre monde est régi par des lois sociales, religieuses, scientifiques, philosophiques, il est habité par les hommes, les animaux, les plantes, les pierres. Par contre il peut être visité par les habitants de l’autre monde. Les morts, les dieux, les Ases, les Vanes, les Alfes, les Dises, les Nains, les Géants, les Nornes, les Esprits, les Âmes égarées et autres Trolls , Farfadets, Fées, etc….

Les animaux alliés dans le chamanisme Nordique

Comme tout univers chamanique, l’ère du chamanisme nordique comprend une relation privilégiée avec les animaux. Dans la pensée chamanique, l’homme est alter ego de l’animal, celui-ci étant souvent une aide, et un enseignement. L’animal à d’autant plus de puissance, de pouvoir, qu’il est libre. Domestiqué, il perd de sa force, il est moins relié au sacré. Un animal libre possède sa capacité à vivre sa vie et à expérimenter la vie. Il est en union avec le grand mystère de la vie, ce mystère passe à travers lui. Les chamanistes savent bien cela, notamment la haute valeur d’être relié psychiquement à la médecine d’un animal.

Quels peuvent être les animaux alliés ?

Dans l’espace Nordique, le chamanisme intègre bien sûr tous les animaux mais certains sont plus susceptible d’apporter à l’heureux élu une puissance nécessaire à son expérience chamanique : cerf (et famille des cervidés), sanglier, aigle, corbeau, chat, ours, saumon, baleine, porc, cheval, serpent, dauphin). Ainsi sont présentés dans cet ordre :


LE CERF

De par sa ramure, le cerf est primordial dès les origines du chamanisme. Sur les parois des grottes des premiers hommes, on peut voir peints des chamans coiffés de la ramure du cerf. Le cerf représente l’Arbre de vie. Sa ramure par son renouvellement périodique évoque l’éternel recommencement des choses, les différents cycles naturel et spirituels. Il est l’image du renouveau, de la fécondité. Il est symbole de création, de l’arrivée du jour, de la lumière, du printemps, du soleil, de l’Est. Il est alors messager du sacré. Associé au dieu Cernunnos, en Gaule où il a valeur de rayonnement divin et d’abondance. De plus, il est considéré comme le maître des animaux.


LE SANGLIER

Le symbolisme du sanglier nous renvoie à des origines très anciennes, voire extra humaines. Cet animal sauvage, habitant des forêts donc des espaces sacrés chamaniques représente l’autorité spirituelle. Cet animal possède la capacité d’assurer à la fois une vie familiale, groupale et en même temps une capacité à vivre en solitaire. Cet aspect rappelle la retraite spirituelle de l’initié. Mais si le sanglier représente l’autorité spirituelle, il est en même temps représentatif de la terre originelle, primordiale.

Le sanglier évoque, le courage, la témérité ; la terre, le spirituel, la retraite spirituelle, l’image d’une nouvelle existence, la persévérance, le sanglier se nourrit des arbres sacrés : glands du chêne, pommier.


L’AIGLE


Avec l’aigle nous rencontrons un symbole universel. Souvent associé à la direction Est, la lumière, le jour qui se lève. À la lumière solaire qui s’élève. De nombreux empires ont pris et utilisé l’image de l’aigle en tant que symbole solaire, guerrier, de domination, mais aussi par son aspect d’inaccessibilité. Mais pour les traditions chamaniques, l’aigle est celui qui vole le plus haut. Il est le plus près du Grand Esprit, du Grand Mystère. À ce titre, il est le plus apte à transmettre au grand esprit les prières des humains.

Il est reconnu que l’aigle possède une vue perçante, et des grandes hauteurs, il contemple le monde par en haut avec finesse. Il est seul à oser regarder le soleil en face. Peut être est-ce pour cela qui est le symbole primitif du père. La richesse de son symbolisme et de ses pouvoirs est si puissante que l’on retrouve l’aigle dans toutes les dimensions spirituelles et temporelles. Beaucoup, ont voulut s’attribuer ses pouvoirs et beaucoup s’y sont brûlés. Il permet la régénération spirituelle aux coeurs purs et courageux.

Dans les traditions amérindiennes, la plume d’aigle se mérite. Ses ailes déployées évoquent les éclairs, la foudre et par là même l’aspect tant inexorable que foudroyant de l’illumination spirituelle, ainsi que le décret implacable du ciel. Il évoque aussi son aspect fertilisant et fécondant.

Il est dit antagoniste du serpent, exprimant par là l’antagonisme entre le Ciel et la Terre, entre les aspects sombres et les aspects lumineux de l’être.

Sa forme stylisée devient la croix.

L’aigle nous prévient aussi qu’il nous faut prendre garde à notre volonté de puissance qui, exagérée, va nous consumer.


LE CORBEAU

Mysticisme, magie, clairvoyance, écologiste.

Il sait du néant faire jaillir la vérité issue de sa clairvoyance.
Le corbeau est connu de nombreuses traditions. Dans la spiritualité chamanique d’Asie centrale, le Grand Esprit était représenté par un corbeau à trois pattes. Odhinn, le grand chaman de la tradition nordique porte un corbeau sur chaque épaule. Ils lui permettent de savoir tout ce qui se passe ailleurs et de percer les ténèbres.

Diabolisé par le christianisme qui l’a associé à la mort et aux maléfices, il inspire souvent plus de peur que de respect.

L’enseignement du corbeau

Le corbeau est un être qui plonge dans l’inconnu en quêtes de réponse et découvre les voies qui mènent au monde de l’esprit. Il rapporte de ses voyages de nombreuses et puissantes connaissances. C’est une sentinelle de la nuit qui annonce la lumière. Dans le monde animal, il guide les autres animaux vers une source de nourriture. Il est en particulier l’allié des loups affamés.

Pour les amérindiens, le corbeau est capable de se métamorphoser, ce qui lui permet de pénétrer où il veut.

La médecine du corbeau

Elle concerne tout ce qui a trait à la magie, au mysticisme et à la communication de messages divinatoires. Cet oiseau est capable d’exercer son pouvoir sur les malades et d’en faire disparaître les symptômes. Ses pouvoirs sont de redonner force et courage à ceux qui luttent contre la maladie ou la mort. Il instaure l’unité du Grand Esprit. À ce titre, il est aussi le gardien de la pureté ; c’est une sorte de protecteur de l’environnement qui combat les pollutions menaçant l’humanité.

Le corbeau vous demande de retrouver le chemin de votre monde intérieur, ce territoire protégé d’où jaillira la magie car c’est en vous que réside le magicien suprême. Vous poserez alors sur le monde le même regard que le corbeau. Ce faisant, vous guérirez de vos plus anciennes blessures.

Il est celui qui vient vous montrer vos « faiblesses » pour les corriger.

Regardez au-delà de la réalité quotidienne et vous percevrez la magie dans les instants les plus ordinaires. Le corbeau vous aide à créer, à comprendre les événements, donc à progresser.
Personnellement, j’ai beaucoup de respect et d’amour pour mon allié le corbeau. Je vous souhaite de le rencontrer.


LE CHAT

Nos chats domestiques ou sauvages font partit de notre environnement familier au point que l’on en oublie certains aspects. Bien sûr, les superstitions et sa diabolisation par le christianisme encombre nombre d’esprits de quelques relents peu sympathique. Et l’ésotérisme primaire n’arrange pas l’affaire de ces pauvres félins. De toute évidence, ces petits animaux portent un héritage complexe.

Pour toutes ces raisons, comme le cheval, le chat se retrouve avec parfois des aspects bénéfiques, parfois maléfiques, c’est selon le besoin des humains.

Au travers de différentes traditions, diverses facultés sont attribuées au chat : tuer les femmes et en revêtir la forme, être l’énergie sexuelle féminine, être doux et paisible, bienfaisant pour les récoltes, incarné la béatitude animale. Souvent associé au serpent, le chat se retrouve avec des notions de chaos, de sécheresse, au péché et à l’abus de biens de ce monde. Mais quand même, sous forme de chat divin, il se trouve investi de la capacité d’inspirer une pluie fécondante, et comme bienfaiteur et protecteur de l’homme.

Par sa force et son agilité féline, il est aussi un allié de l’homme pour vaincre les forces des ténèbres. Il est vrai que dans différentes traditions, le chat noir se voir attribuer des qualités magiques qui, à l’époque chrétienne, s’est transformée en capacités maléfiques. Les grandes religions, n’aiment pas l’individualisme et les êtres indépendants. Il fut un animal sacré dans l’Egypte ancienne de par sa capacité féline, subtile, sa capacité de voir ce que l’homme ne peut voir. C’est aussi un animal sacré chez les amérindiens qui rendent ainsi hommage à sa médecine : adresse, réflexion, ingéniosité, observation, malice, clairvoyance, pondération et surtout à sa capacité à arriver à ses fins.

Dans le chamanisme Nordique, le chat est très lié à l’énergie féminine, que se soit sous l’aspect de la mère, de l’épouse, de l’amante et surtout de la prophétesse. Le char de Freya, déesse de la fertilité, de la fécondité, de la sexualité est tiré par un attelage de chats. Le manteau que met la prophétesse pour rendre l’oracle et pratiquer la transe est fait de peaux de chats. Mais, surtout, le chat est un animal qui comme le corbeau ou le cheval à la capacité d’être en contact avec le monde du double et par conséquent d’en être un messager.


L’OURS

Dans le monde celto-germanique, l’ours est associé à la classe guerrière et non le loup comme l’ont mythifié les errements hideux de l’idéologie nazie ;

L’ours est l’animal qui est perçu dans ces contrées comme étant le plus proche de l’homme. Il est en effet capable de se tenir, et d’être actif sur ses deux pattes arrières. De surcroît, c’est un combattant redoutable. De là ces images de BERSEKIR. Ces guerriers Nordique recouverts de peau d’ours, hurlant derrière leurs boucliers de tilleul et surgissant hors de la sombre forêt pour fondre sur l’ennemi terrorisé par ces apparitions. De plus, ces guerriers étaient enivrés par la bière.


LE SAUMON

Le saumon a joué sur le plan alimentaire un rôle très important dans le monde Nordique. Mais d’autre part le saumon joue sur le plan aquatique la même fonction que le sanglier.
L’essentiel pourtant est que le saumon est considéré comme représentant la science sacrée. La tradition transmet l’existence des sources sacrées entourées de sorbiers et de coudriers dont les noisettes nourrissent les saumons. D’où la capacité particulière de ces saumons de rendre omniscient et.

Le saumon est à la fois sagesse et nourriture spirituelle. Le saumon est une des formes animales qu’adopte la divinité LOKI, le trickster, le coyote, le renard. Le semeur de troubles et de désordre. Insaisissable parce qu’il est de même nature que le vent et le feu.
D’autre part, le saumon est le poisson qui se trouve souvent en situation d’avaler un objet magique, souvent un anneau. Dans les mythes scandinaves, Ossètes et autres, il participe au combat entre le fauteur de troubles et le héros civilisateur ou avec un dieu qui évoque une image Odhinnique.


LA BALEINE 

Tout d’abord, rappelons cette vision dynamique, régie par des forces tourbillonnantes, tumultueuses, puissantes qui anime le monde Nordique, elle est perçue comme abritant  de même que la mer qui à la fois attire et effraie.
Rencontre des éléments naturels dans toute leur puissance destructrice et fécondante.
La mer y est perçue comme habitée dans ses profondeurs par des êtres monstrueux et terrifiant. Sans oublier la cosmogonie nordique qui nous évoque un serpent géant vivant au fond des mers. C’est parce qu’il est lové que la terre garde sa cohésion. Mais au temps du Ragnarôk (le destin des puissances). Il sera combattu et tué par un dieu néfaste. Alors, il desserre son étreinte. Alors, la terre est prise de soubresauts, Yggdrasil tremble dans ses frondaisons. La terre est d’abord détruite par le feu puis par les eaux. C’est la fin des temps.

La baleine est représentative de la relation entre le monde d’en-haut et d’en-bas. De par sa capacité d’être à l’écoute et même en communication avec la Terre-Mère. De là sa capacité à nous prévenir, des grands bouleversements de la terre. En quelque sorte, elle est aussi le message des ancêtres. Son pouvoir, sa médecine est de nous permettre de nous relier à toute forme de communication en particulier les plus subtiles. Elle est l’écoulement du temps dans ses flux et ses reflux.


LE PORC 

Dans un monde où la disette voire la famine faisait partie des aléas de l’existence, le porc trouve une importance capitale pour la survie ainsi que pour assurer, à défaut d’abondance, tout au moins une vie meilleure.

Relié en premier lieu aux divinités Freyr et Freya, il est un symbole de fertilité et de fécondité dans tout l’espace indo-européen et donc tout naturellement chez les scandinaves.
Dans le registre du Bödi, titulaire des pratiques spirituelles, le cochon devient un animal chargé de force sacrée, un esprit sacrificiel. D’où la persistance de cette image d’un cochon cuit avec une pomme dans la bouche, ( particulièrement à la période du solstice d’hiver  ).
Nous sommes dans la structure tripartite du monde indo-européen, celle dévolue à la production-reproduction. Celle qui régit la vie sociale, communautaire, celle du Bund. Il y avait cette recherche d’abondance, de richesse, de bien-être, d’assurer l’avenir propre à l’être humain. Cela, nous amène à évoquer la notion de chance : la meginn.  Une manière d’honorer l’Arbre cosmique et central des Nordiques : Yggdrasil. Vous pouvez facilement imaginer tous les aspects, sensuel, glouton, charnel du porc.

Ce serait oublier un peu rapidement, qu’il appartient aussi au deuxième domaine du monde tripartite indo-européen : la caste guerrière.
En effet si le cochon fut très rapidement domestiqué et familier aux hommes, il possède son pendant sauvage : le sanglier.  Connu, pour sa force et son ardeur au combat, il symbolise pleinement et sans faillir cette puissance. Si elle est relativement connue, la caste des berserkirs, ces agressifs guerriers habités par la folie guerrière, il existait également en parallèle une caste de guerriers non moins habités par une ardeur au combat mais dans un rôle plus défensif : les guerriers sous l’égide du sanglier.

Le porc, cet animal, si familier et si méconnu, nous le retrouvons dans la troisième fonction : celle du spirituel.
Comme tout allié, il possède un aspect matériel et un aspect surnaturel. Dans les provinces allemandes du moyen-âge, le cochon avait la réputation de hanter les chemins isolés. Il suivait alors les passants pour les obliger à le chevaucher. Ce dernier point est certainement la survie populaire d’un ancien rite païen qui mettait en scène le cochon. On pensait que cet animal pouvait être la forme réincarnée d’un revenant. Rêver d’un cochon était vu comme un très bon présage.
Durant les nuits du 30 novembre et du 21 décembre, les filles se rendaient nues jusqu’à la grange, frappaient à la porte, puis écoutaient au travers de la porte fermée les possibles bruits émis par les cochons.
Si un cochon adulte grognait, cela voulait dire que la fille allait se marier dans l’année qui suit avec un homme mûr ou veuf. Si l’on entendait les grognements d’un jeune cochon, alors le mariage se ferait avec un jeune homme. Si rien ne se faisait entendre, alors les perspectives de mariage pour l’année à venir seraient nulles.
Une autre tradition était aussi celle de s’accrocher autour du cou une amulette faite à partir d’os de porc. Ce genre de porte-bonheur devait favoriser la chance durant tout le nouveau cycle annuel. Il se pratiquait le rituel dit du collier de terre ou dit du serment contraignant : à la suite d’une épreuve, la personne portait un serment public et inaltérable en posant la main sur des anneaux en soie de porc. La sensibilité naturelle et surnaturelle du porc est ici reconnue.


LE CULTE DU CHEVAL

Des Steppes de Mongolie, en passant par les turcs, turkmènes, les scythes, les celtes, et plus tard, bien plus tard les amérindiens ; nous voilà dans l’univers du cheval. De nos jours encore, les mongols sont considérés comme des cavaliers hors pairs. Dans ses sociétés dont la vie dépend du cheval et n’existe que par le cheval. Une longue relation s’est instaurée entre le cheval et l’homme.

Aussi n’est-il pas étonnant que la formule descriptive pour évoquer la séance chamanique est le terme : chevauchée. Le tambour est appelé cheval du chaman.

Le cheval d’Odhinn s’appelle Spleinir (le très véloce). Ce cheval est bien sûr particulier : il possède huit pattes. Dans les Eddas ou les Sagas, le terme coursier désigne aussi bien un bateau qu’une étoile. Pour comprendre les textes nordiques qui sont un témoignage tardif et déjà édulcoré de la tradition orale chamanique. Il faut par la connaissance traduire toutes les expressions contenues dans les textes : thula, kenning, heiti, (nom qui change lorsque la fonction change). On le voit, naviguer dans ces tourbillons n’est pas chose facile.

Le cheval est au centre de la mythologie chamanique nord euro asiatique. Curieux destin que celui du cheval, à l’époque préhistorique, les chevaux avaient la taille d’un gros chien aujourd’hui les chevaux sont plus grands, plus fort. Qualifié aujourd’hui de « plus noble conquête de l’homme » et très à la mode, le cheval est porteur de symbole et d’imaginaire.

Nous avons trop tendance à juger les choses à l’aune de la modernité, ce filtre déformant de la réalité. Dans les steppes mongoles, les nomades déplacent leur « gers » (yourte) au grès des besoins. La vie est basée sur l’élevage et donc le nomadisme. Le cheval y est encore aujourd’hui indispensable. Il est le meilleur moyen d’assurer la subsistance et la survie de la communauté. Mais, le cheval possède aussi un double. Ce double nous fait entrer en vertu de la puissance magique de l’animal dans un monde fabuleux. Peut-être est-ce pour cela, dans notre inconscient collectif que le cheval possède il faut le reconnaître une forme d’ascendant sur l’homme.

La vie des anciens peuples était littéralement habitée par le cheval. Il était pleinement un participant de l’univers magique et sacré. Il suffit d’observer un cheval pour sentir en soi un sentiment particulier. Comment ne pas voir sa puissance, sa beauté, sa sensibilité. Il est une représentation de la force, de la puissance, du jaillissement de la vie, il est l’image du sang donc de l’énergie vitale, il est l’expression de l’amour mais aussi de la liberté. Se transformer en cheval, c’est faire l’expérience de la liberté et de l’espace de toutes les possibilités.

Introduction aux liquides sacrificiels

Le chamanisme dans son essence contribue à une relation harmonieuse avec la nature, le monde des esprits dans une interdépendance que l’homme doit honorer par des processus d’échanges équitables. Il peut se procurer dans le monde ce qui lui est nécessaire pour assurer son existence et non piller le monde à son profit.

Le chaman, au fait des lois naturelles, agit dans le sens de l’équilibre. Parmi ses instruments se trouvent les liquides sacrificiels. Nous retrouvons là, comme dans tout chamanisme, cette subtile distinction entre ce qui est sacré et ce qui est sacré. Dans cet univers il n’y a pas de distinction entre ce qui est sacré et ce qui serait profane, car tout est sacré. Mais certaines choses sont nous dirons plus sacrées que d’autres de par leur fonction dans le chamanisme. Il en est ainsi de certaines plantes, de certains cristaux, de certains lieux, de certains chants. À l’origine dans les sociétés civilisées que l’on appelle aujourd’hui primitives ou traditionnelle tout a une âme, tout a une vie.

L’univers chamanique connaît et reconnaît les puissances en oeuvre dans la création. Il en découle des comportements spécifiques pour entretenir, équilibrer les énergies.

Dans les rituels du chamanisme et de la tradition Nordique, certains liquides sacrificiels sont d’une importance certaines : l’eau, le sang, la bière, l’hydromel.

Cette importance se retrouve dans la Tradition Nordique et même de nos jours encore lors de rites sociaux profanes dont la plupart d’entre nous ignore les origines.

Les textes Nordiques bien qu’étant une transcription tardive de la tradition orale, se font écho de la relation du savoir, de l’immortalité, du pouvoir de divination et de sagesse avec l’élément liquide. Un peu comme si les anciens attribuaient au liquide un pouvoir de mémoire et de transmission.

L’histoire de Kvasir en est un exemple.

À l’origine existaient les Géants et les Dieux Vanes. Apparurent ensuite les dieux Ases, plus dynamiques, plus guerriers. Inévitable fut la confrontation, mais les batailles ne purent les départager malgré l’intervention de Odhinn.

La réconciliation s’opéra selon le rituel suivant : un chaudron fut préparé dans lequel chaque dieu Vanes et Ases crachat sa salive. Nous reconnaissons là un processus de mise en fermentation universel. Dans ce chaudron et de par cette fermentation, naquit un dieu nommé Kvasir. Il est le messager divin de la grande réconciliation, mais bien plus. Il est dépositaire de la grande sagesse, ce qui lui permet de répondre aux questions des Dieux comme à celle des Hommes. Il est investit du rôle de chaman, il permet aux humains de se réconcilier avec la Nature et les Dieux.

Mais les émotions étant ce qu’elles sont, cette célébrité rend jaloux les Nains. Aussi, deux d’entre eux décident de tuer Kvasir (n’oublions pas que les Dieux sont mortels). Ils le feront bien sûr par traîtrise. Ils lui tranchent la gorge, mais récupèrent son sang : car le sang est la vraie connaissance.
Ce sang est recueilli dans deux coupes nommées respectivement Bodu et Son. Puis les deux Nains vont mélanger à ce sang du miel pour donner un breuvage flamboyant. Dorénavant quiconque en boira aura le don du chant. Il sera savant et poète.

Par de rocambolesques péripéties, les coupes contenant le breuvage se retrouveront sous la garde d’une Géante nommée : Gunlad.
Devenu objet de convoitise, le breuvage attise les passions. Le Dieu Odhinn lui-même le désire ardemment, mais la gardienne est terrible. Pourtant celui qui est parfois traité de fourbe et de rusé dans les Edda, va agir. Odhinn ourdit un plan machiavélique et sanglant pour parvenir à ses fins. Il va même jusqu’à séduire la Géante et couche trois nuits avec elle afin de ne pas éveiller de soupçons.

Finalement Gunlad offre une gorgée de l’hydromel dans lequel le sang de kvasir est dilué dans le miel. Mais à la stupéfaction de la Géante Odhinn avale toute la boisson.

Odhinn se transforme alors en aigle pour s’enfuir. Mais le père de la Géante surgit en fureur : lui aussi s’est transformé en aigle et pourchasse Odhinn.

Les deux aigles progressent rapidement, ils sont maintenant au-dessus d’Asgard, la demeure des Dieux. Mais le père de la géante a rattrapé Odhinn, et le pique de son bec acéré. Effrayé Odhinn laisse s’échapper de son bec le précieux breuvage et déglutit le reste. Dans l’action quelques gouttes s’échappent par l’arrière. Ce sera le breuvage des mauvais poètes. Quand aux Dieux, ils pourront chacun y tremper les lèvres mais pas plus, le breuvage étant trop fort.

L’eau

L’eau est un élément vital pour l’entretien de la vie. Cet élément est relié à la fertilité, à la fécondité. Il nous rappelle les eaux primordiales des origines, le ventre de la Terre Mère, les eaux que perd la femme qui accouche. L’eau est un élément qui transmet la puissance de tous les possibles, mais c’est également la mémoire. Dans le Nord, l’eau est qualifiée dans les kenning : d’assise de la bière. L’eau sert à sacraliser, à féconder, à fortifier la vie, à la divination, à la bénédiction, à la médecine, à la guérison spirituelle.

Mais si l’eau vient de la terre ou de la mer, elle vient aussi du ciel. Il y a l’eau de la Terre Mère et l’eau du Père Ciel. Elle est donc un lien puissant entre le monde souterrain et le ciel, le monde de l’esprit et des dieux.

L’eau :
Fertilité
Fécondité
Purification
Régénération
Aspersion, baptême, bénédiction.

L’eau guérisseuse peut guérir en raison de ses vertus propres, elle est création et recréation. C’est pourquoi les druides utilisaient lors de rites funéraires, l’eau lustrale (eau dans laquelle, on avait trempé un tison ardent). Dans le monde nordique l’eau possède le pouvoir de lier et de délier. Rappelons qu’Odhinn est le dieu lieur. L’eau est l’espace de la poésie, de la divination, de la prophétie. Il nous faut aussi tenir compte de la relation particulière entre la femme et l’eau.

Eikthymir s’appelle le cerf
Qui se tient sur la halle de Herjadhödr
Et broute les rameaux de Laerad ;
De ses cornes, l’eau ruisselle
Dans la source de Hvergelmir,
C’est là que toute rivière a son origine.

La bière

La boisson sacrée des guerriers et des souverains.

Dans la tradition Nordique, et Celtique, la bière est une boisson sacrée que boivent les guerriers et les aristocrates. Dans la Gaule antique, la bière était considérée comme liée à la déesse des moissons donc à la fécondité.

La bière par la cosmogonie se trouve reliée au forgeron dont on sait l’importance dans les sociétés anciennes.

La bière était bue en grande quantité dans les grandes occasions : suite à une victoire, pour fêter une grande action, un couronnement, pour une fête religieuse, en particulier début novembre.
Elle avait pour fonction, également, de porter la parole : c’est l’origine ancienne des toasts que nous portons aujourd’hui, en certaines circonstances.
La bière avait aussi valeur de sacrifice, voire de jugement. En effet, le roi déchu en fin de règne, ou destitué , ou ayant abusé du pouvoir, se noyait dans un chaudron de bière tandis que sa maison était incendiée.
Mais sur un plan purement chamanique, la bière est versée au pied des poteaux sacrificiels pour s’accorder les faveurs des esprits.

Il faut savoir, que cette boisson avait valeur de support d’immortalité, ce qui on en conviendra avait un intérêt certain pour des guerriers. Cette boisson sacrée à l’origine, était brassée de différentes façons et diffère un peu de notre bière industrielle.

Tout d’abord, il fallait une eau de source tourbillonnante, et qu’elle soit fermentée par un sanglier. Le sanglier est un symbole originel donc primordial, il représente l’autorité spirituelle. Les Bersekirs, ces guerriers féroces, habités par une fureur guerrière, emplis d’un feu qui flamboyait par leurs yeux. Leur apparition vociférante terrorisait leurs ennemis.

Le symbolisme de la bière est lié à celui de la fermentation, ce qui explique son utilisation lors des rites de passage dans maintes traditions de la planète terre. La bière exprime le passage du lait, donc de l’état d’enfance, à celui d’homme.

Mais la bière fait partie intégrante des rituels nordiques.
La connaissance des Runes passe par la connaissance des Runes de la bière. La magie utilise pour ses fins des copeaux de bois sur lesquels sont tracés les runes teintées de sang sacrificiel ou de couleur rouge obtenue à partir d’écorce d’aulne. Ces copeaux sont incorporés dans la bière. Dans le même temps les incantations, poèmes gnomiques, paroles magiques sont prononcées.
Ce procédé sert à la guérison, à la protection tout comme à la charge défensive.

La bière est également un élément essentiel d’offrande aux esprits dans le chamanisme nordique.
Elle est versée au pied des poteaux sacrés. Elle est bue de manière sacrée avec l’hydromel lors de cérémonies chamaniques importantes. Cet emploi, je vous l’assure, nécessite force sagesse et connaissance.

Ce sont les runes gravées sur le bouleau,
Ce sont les runes de délivrance
Et toutes les runes de bière,
Et les suprêmes runes de puissance,
Pour qui sait sans erreur
Et sans adultération
S’en servir comme de talisman ;
Jouis-en si tu les as appris,
Jusqu’à ce que les puissances s’entredéchirent


Voici une thula (énumération mythologique), la thula de walkyrie qui illustre parfaitement la relation de la bière avec le mode guerrier :
Hrsit et Mist,
Je veux qu’elle m’apporte la corne,
Skggjöld et skögul,
Hild et Thrüd,
Hlökk et herfjötur,
Göll et Geirönul,
Randgrid et radgrid
Et Reginleif,
Elles servent la bière aux einherjar.

Je t’apporte de la bière
Arbre du thing des cuirasses
Mêlée de force
Et de puissant renom,
Elle est pleine de charmes
Et de vertus,
De bonnes incantations
Et de runes de joie.

Malgré tout, les dieux sont pleine partie dans la sacralité de la bière :
La mère de Tyr le dieu de la justice et de la parole donnée parle :
« Voilà l’occasion,
Si vous pouvez y parvenir,
De sortir de notre temple
Le vaisseau à bière
Tyr essaya
Par deux fois de le mouvoir ;
À chaque fois resta
Le chaudron immobile. »

Il te faut connaître les runes de la bière
Si tu veux de la femme d’un autre
Trahir la foi, et te sens aussi assuré ;
Sur une corne il les faut graver,
Et sur le dos de la main
Et marquer sur un ongle Naud.
Le dit de Sigrdrifa,

Lui porta de la bière
Car il était le plus savant,
(À composer des breuvages magiques)
Si bien que sur son siège
Elle s’endormit.
« Voici que j’ai vengé
Mes malheurs,
Tous sauf un seul
Sur l’assoiffé de mal. »

La bière est sous le « patronage » d’un Dieu : Aegir.                                                   D’ailleurs, celui-ci est souvent nommé dans les textes « Brasseur des Dieux »

Comme le rappelle cette strophe :

Les dieux suprêmes
Pourront bien boire
La bière chez Aegir.

L’hydromel

L’hydromel est également une boisson d’immortalité, mais celle des dieux et dans l’autre monde. Nous avons là un exemple de reliance attestée : la bière pour les guerriers, les aristocrates, les vivants et d’autre part l’hydromel pour les morts et les dieux. Ces deux liquides sacrificiels ont un autre point commun, c’est leur origine. Pour produire l’un comme l’autre, il nous faut de l’eau avec toute la symbolique que cela implique. Mais l’eau dans les cosmogonies possède procède aussi d’une même nature que le lait. Que ce soit l’eau ou le lait, nous sommes dans registre originel, d’enfance, d’âge d’or, du début d’un cycle.

Dans les fêtes et cérémonies Nordiques et Celtique on consomme selon l’évènement soit la bière, soit l’hydromel soit les deux : l’ivresse est alors rapide et complète.

Nous avons alors la relation entre le monde des morts et celui des vivants. Mais dans le domaine nord euroasiatique : l’hydromel est la boisson de la connaissance, Odhinn lui-même par un vol s’approprie un peu de l’hydromel de la connaissance gardé dans un chaudron par un géant.

Il faut sur la coupe faire le signe
Évitant ainsi qu’elle te nuise
Et jeter l’ail dans le liquide ;
(Alors je sais que pour toi
Jamais hydromel
Ne sera empoisonné)

Toutes furent grattées
De celles qui étaient gravées,
À l’hydromel sacré mêlées
Et largement diffusées
Elles se trouvent chez les Ases
Elles se trouvent chez les Alfes
Certaines parmi les sages Vanes
Certaines chez les humains.
Du Nord je vis
Chevaucher les fils des nuits sans lune
À sept en tout.
À pleines cornes
Ils buvaient l’hydromel
De la source de Baugregin (source de savoir)

Ces noms de walkyiries sont : puissance, éclat, vacarme, lance pointée vers l’avant, paralysie du guerrier, bataille, temps des lances, ravage des boucliers. Ces noms sont on ne peut plus explicite.
Et si l’on pouvait encore douter du caractère sacré et divin de l’hydromel :

Toutes furent grattées
De celles qui étaient gravées,
À l’hydromel sacré mêlées,
Et largement diffusées ;
Elles se trouvent chez les Ases,
Elles se trouvent chez les Alfes,
Certaines parmi les sages Vanes,
Certaines chez les humains

La simple sagesse nous appelle à la modération en tout. Le simple mortel peut confondre le sens des choses et donc transformer une chose sacrée en une chose sans âme. Il est logique de considérer que se « nourrir » de choses sans âmes en vient à altérer notre âme. Dans notre société, nous pouvons voir comment un liquide sacrificiel devient un breuvage de grande consommation.

À ce sujet, les textes enseignent la médecine, la suite étant la cure chamanique.

Nous te conseillons, Loddfafnir,
Et toi que tu puisses apprendre ces conseils.
Tu en jouiras, si tu les apprends,
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis.
Contre la beuverie de bière,
Choisis la force de la terre
Car la terre guérit l’excès de bière,
Le feu, les maladies contagieuses,
Le chêne les constipations,
L’épi la sorcellerie,
Le sureau, les querelles domestiques
Contre frénésie, faut invoquer la Lune,
L’alun les morsures d’insectes,
Et les Runes le malheur,
Le sol guérit les vomissements

Le sang

« Cette pierre fut marquée
De la mer du corps » (le sang)
Début d’une inscription sur une pierre runique, indiquant en cela une opération magique.

Le sang symbolise toute la vertu purificatrice et transformante du feu. De par sa couleur rouge et en tant que support de l’énergie vitale, il est le principe de la vie, il est le soleil. Il est la beauté, l’esprit élevé, la chaleur vitale et corporelle, mais aussi le véhicule des passions. Mais le principe essentiel du sang est dans sa capacité de sacraliser; tout ce que le sang véhicule de l’âme devient sacré.

Aussi n’est-il pas surprenant que dans l’espace nord asiatique et nord européen, le sang incarne la trilogie : sang-feu-céleste.

Autrefois les dieux des morts
Revinrent de la chasse.
Avaient envie de boire
Avant de manger tout leur saoûl
Agitèrent les rameaux
Et scrutèrent le sang sacrificiel
Ils trouvèrent chez Aegir
Profusion de chaudrons Le dit de Hymir, str.1

Et encore

Grimhildr m’apporta
Une coupe à boire,
Amère et glacée
Pour que j’oublie mes peines ;
Elle l’avait magnifiée
De la force des pierres,
De la fraîche froide mer
Et du sang du porc sacrificiel

Porc sacrificiel : cela nous renvoie à la divinité : freya (fécondité, fertilité, sexualité)

Le monde des morts est aussi le verdict de la vie sur terre
Je vis ensuite des hommes
Qui nourrissent forte envie
Pour la condition d’autrui
Des runes sanglantes
Étaient sur leurs poitrines
Douloureusement inscrites

Je vis le soleil
Marqué de lettres sanglantes ;
J’avais alors presque quitté ce monde.
Puissant il me parut
De bien des façons,
Plus que jamais auparavant.


Il y avait sur la corne (à boire)
Toutes sortes de signes,
Gravés, rougis de sang
Ne pus les interpréter
Le long poisson de la bruyère
Du pays des Haddingjar
L’épi non tranché par le fer,
Des entrailles de bêtes.

De la chair d’Ymir
La terre fut façonnée,
Et de ses os, les montagnes,
Le ciel, du crâne
Du géant froid comme givre,
Et de son sang, la mer

Te rappelle-tu, Odhinn,
Quand autrefois, nous deux,
Mêlâmes ensemble notre sang ?
Boire de la bière,
Tu déclareras que tu ne le ferais pas
Si elle nous était offerte à tous deux.

Introduction aux runes

Je t’apporte de la bière
Arbre du Thing des cuirasses
Mêlée de force
Et de puissant renom,
Elle est pleine de charmes
Et de vertus,
De bonnes incantations
Et de runes de joie.

Il te faut graver les runes de victoire
Si tu veux victoire remporter,
Graver sur les gardes du glaive,
Certaines sur la poignée,
Certaines sur le croisillon,
Et nommer deux fois Tyr.

Il te faut connaître les runes de la bière
Si tu veux de la femme d’un autre
Trahir la foi, et te sens assuré ;
Sur une corne il les faut graver,
Et sur le dos de la main
Et marquer sur son ongle Naud

Il faut sur la coupe faire le signe
Evitant ainsi qu’elle te nuise
Et jeter l’ail dans le liquide :
(Alors l’hydromel ne sera pas empoisonné)
Il te faut connaître les runes de délivrance
Si tu veux aider femme en travail
Et la délivrer de l’être vivant qu’elle porte ;
Sur les paumes il faut graver,
Sur les jointures serrer,
Et demander l’assistance des Dises.

Il te faut graver les runes du feu
Si tu veux sauver en mer
Le coursier à voiles ;
Sur l’étrave, faut les graver
Et sur la lame du gouvernail
Par le feu les marquer sur la rame ;
Il n’est nul brisant si abrupt
Ni vagues bleues
Que tu ne sortes sain et sauf de la mer.


Il te faut connaître les runes des membres
Si tu veux être mire
Et savoir discerner les blessures ;
Sur l’écorce faut les graver
Et sur le feuillage d’un arbre
Dont les branches tendent vers l’Est.

Il te faut connaître les runes de la parole
Si tu veux que personne
Ne te rende dol pour haine ;
Les retourner
Les brouiller,
Les placer toutes ensemble
Au Thing
Où l’on jugera devant le peuple.
Les juges étant au complet.

Il te faut connaître les runes de l’esprit
Si tu veux en sagesse
Quiconque surpasser
Les interpréta
Les grava
Les conçut Hrotsvit
De cette humeur
Qui avait filtré
Du crâne de Hleiddraupnir
Et de la corne de Hoddrofnir

Sur la falaise, il se tenait
Avec les tranchants de l’épée
Avait un haume sur la tête
Alors la savante tête de Mimir
Parla pour la première fois
Et énonça les lettres véridiques

Il les dit gravées sur l’écu
Qui se tient devant le dieu brillant
Sur l’oreille d’Arvaakr
Et sur le sabot d’Alsvinnir
Sur la roue quoi tournoie
Sous le char de Rungnir
Sur les dents de spleinir
Et sur les chaînes du traîneau
Sur la patte de l’ours
Et sur la langue de Bragi
Sur la griffe du loup
Et sur le bec de l’aigle
Sur les ailes sanglantes

Et sur la tête des ponts
Sur la paume de délivrance
Et sur les traces de réconfort
Sur le verre et l’or
Dans la halle des hommes
Dans le vin et la bière
Et sur les lits de repos
Sur la pointe de Gingnir
Et sur le poitrail de Grani
Sur l’ongle de la Norne
Et sur le bec du hibou

Toutes furent grattées
De celles qui étaient gravées
À l’hydromel mêlées
Et largement diffusées
Elles se trouvent chez les Ases
Elles se trouvent chez les Alfes
Certaines chez les sages Vanes
Certaines chez les humains

Ce sont les runes gravées sur le bouleau,
Ce sont les runes de délivrance
Et toutes les runes de bière
Et les suprêmes runes de puissance,
Pour qui sait sans erreur
Et sans adultération
S’en servir comme talisman ;
Jouis-en, si tu les as appris,
Jusqu’à ce que les Puissances s’entredéchirent.

À présent, tu vas choisir
Puisque l’occasion t’en est offerte
Érable des armes acérées
Parler ou te taire,
Cela t’appartient :
Tous les malheurs sont d’avance fixés.

Introduction à la transe

Il est difficile d’évoquer cette pratique chamanique Nordique qui est de l’ordre de l’intime mais pourtant réalisée dans une intention sociale. C’est dans ce registre que se déploient toute la science et la force morale du chaman. J’espère que chacun comprendra qu’il faille une sacrée dose de caractère pour se livrer au voyage de l’âme devant un public pas toujours compréhensif et sécurisant.

Le chamanisme est unique dans sa structure fondamentale, mais par son étonnante faculté d’adaptation, il trouve de multiples formes d’expression. La transe chamanique fera de même et va s’exprimer différemment selon le contexte, le chaman et l’environnement social. Rappelons le rôle du chaman : intercesseur entre les hommes et l’autre monde, il est l’instrument de la cohésion et de la survie de la communauté sociale à laquelle il appartient. À ce titre, il cumule plusieurs fonctions : prêtre, devin, psychologue, thérapeute, sage, artiste. Il en résulte un vécu solitaire au service des autres.

Si la fonction du chaman est d’être globalisant ou holistique selon la terminologie actuelle, il existe cependant une spécialisation chez les chamans. Cette spécialisation dépend en premier lieu de deux directions d’énergie différentes. Je m’explique, certains chamans décident par une sorte de vocation personnelle de devenir chaman. Ce ne sont pas les meilleurs, mais peuvent avoir un impact sur leur communauté non négligeable. Les autres, n’ont pas décidé d’être chaman, mais le sont devenus parce que les esprits les ont choisi ; il est évident que ceux-ci sont d’une plus grande profondeur. Ceci n’est pas un jugement de valeur. Par mon expérience personnelle, je sais combien il est difficile de répondre aux injonctions des esprits et de suivre un destin que l’on n’a pas choisi.

Le moi, la personne se révolte, révolte bien inutile, voire dérisoire face aux destins des puissances. Mais, le chaman est alors investi d’un pouvoir d’autant plus puissant, qu’il est l’expression de l’univers.

D’autre part, il est fréquent de séparer les chamans en chamans blancs et en chamans noirs. Selon les repères des hommes, les uns seraient bons et les autres mauvais. Il faut y voir là, l’influence des religions propres à moraliser les foules humaines pour mieux les contrôler. Il est cependant réel, que certains chamans peu au fait des réalités spirituelles, utilisent leur puissance au service de désirs humains inavouables. Mais ce n’est pas plus négatif que le comportement des religieux au service permanent d’un pouvoir temporel. En fait, se sont des chamans peu qualifiés ou de bons chamans écoeurés par le comportement humain. Dans les anciens temps, le chaman noir était reconnu par son tambour, le tambour bigarré : à l’intérieur du tambour, si on avait l’occasion de le voir, était peint de taches rouge est noires. C’était le signe de ce que nous pourrons appeler de nos jours, un sorcier.

Évidemment, la pratique, l’expérience, la connaissance chamanique est un chemin, long, personnel, inconstant. De plus, les pouvoirs ne sont jamais acquis.

Mais, il existe une séparation moins connue, mais beaucoup plus profonde, plus subtile et je dirais plus terrible. En réalité, les humains vont vers les chamans d’une manière purement égoïste, au profit de besoins personnels. Donc il leur faut des pouvoirs à leur service. Les chamans peu aguerris, les chamans plus avancés mais encore liés par les effroyables exigences humaines participent de cet univers. On attend d’eux, de la magie, du miracle, de l’illusion pour leur propre chemin personnel, ces chamans répondent à cette demande. Il en est ainsi sur le long et difficile parcours de l’évolution.

L’autre catégorie (si je puis dire) de chamans, est celle des chamans spirituels. Ses chamans-là, sont évidemment les plus méconnus, les plus ignorés, les plus actifs de notre société actuelle. Libérés des chaînes de la condition humaine (sociale, personnelle, philosophique), leur pouvoir et d’autant plus grand qu’ils sont libérés de la valeur du pouvoir, de la reconnaissance sociale et religieuse. Cela signifie concrètement que leur action est plus subtile, plus invisible et de fait plus incompréhensible du commun des mortels. D’autant que leur action ne se situe pas simplement au niveau d’une incarnation humaine mais bien au-delà. Ce sont des chamans qui étaient des chamans puissants mais qui un jour vivent une expérience ultime de transcendance. Ils perdent alors leurs pouvoirs ou plutôt la forme extérieure des pouvoirs, celle qui fascine tant, pour accéder à un niveau de conscience ou tout cela n’a plus d’importance.

Alors que de nos jours, la plupart de nos concitoyens courent vers des thérapeutes, des sages » de l’Inde, le bouddhisme, des psychologues, la présence des chamans spirituels passe totalement inaperçue.

Tout ceci influe directement sur la transe chamanique. Il est vraiment exceptionnel que l’état de transe chamanique débouche sur un état de possession. En effet, un bon chaman conduit sa transe, conduit son voyage, car cela est trop dangereux. Il est impératif d’être lucide dans l’expérience. D’autant que la sagesse chamanique s’appuie sur deux axes importants :

Expérimente et du sauras !

Un chaman ne croît pas , il sait !

(Ne pas croire mais savoir, connaître par l’expérience véritable.)

Les différentes formes de transe

La transe est un état d’expansion de la conscience, dans lequel l’individu transcende sa condition humaine; pendant quelques instants, il va libérer ses sens, ses perceptions, son âme, son esprit de sa condition humaine.

Alors là, il atteint des mondes inconnus, surprenants, sublimes, effrayants, le monde de tous les possibles. Bien souvent la transe débouche sur un magnifique et resplendissant état d’extase.

Il faut bien admettre que l’état de transe n’est pas une chose monolithique. Il peut varier en qualité et en quantité où si l’on préfère en profondeur et en intensité. Cela dépend de l’expérience du chaman et de sa perception de l’instant, de l’intention de la cérémonie, du contexte social et culturel.

La transe peut être légère, comme une reliance à un autre niveau de conscience mais à des degrés divers être plus spectaculaire, plus intense.

Dans la kamlénie ou sejdhr, mais en fait dans tout l’hémisphère nord, la transe est le plus souvent poussée jusqu’à ce que l’officiant perde connaissance, se trouve sur le sol en catalepsie pendant que son double voyage. Évidemment l’Église pour prendre le pouvoir à diabolisé cette pratique et s’est efforcée de la désacralisée. Cela s’est traduit par un jugement négatif sur cette forme de transe. On trouve trace de cette négation jusque dans les Eddas où il est dit qu’Odhinn le nécromancien se livrait à des pratiques dégradantes, infâmantes pour lui-même. Il est dit que les chamans qui pratiquent cela sont des invertis passifs. Le jugement est rude, lapidaire et décrit ô combien nous nous sommes éloignés de la connaissance. Ce type de jugement se retrouve dans le monde magique de la Corse.

La transe spontanée

Peut se produire involontairement selon les circonstances : lorsqu’un futur chaman est choisi par les esprits, lors d’un choc émotionnel, lors d’une crise d’hystérie, par l’absorption de médicaments, lors d’une séance de psychothérapie ou même lors d’un spectacle artistique, lors d’une catharsis guérisseuse,voire lors d’une crise d’épilepsie.

La transe provoquée

Au départ, il y a une intention. La personne désireuse d’explorer les parties les plus mystérieuses en elle et/ou en recherche de dons personnels insoupçonnés.

Le chaman choisit en pleine conscience de pratiquer la transe dans un but utilitaire précis. Il n’agit qu’en fonction d’une utilité, c’est ce que l’on nomme chamaniser.

La transe lucide

Le chamanisme est basé sur une conduite et un vécu lucide de la transe car le chaman doit être solide, fort pour vaincre les difficultés. D’autre part, il est évident que seule la lucidité est la preuve d’une maîtrise de soi. La lucidité est la condition requise pour une pleine efficacité de l’action.

La transe extatique

La transe extatique relève d’une expérience individuelle. La personne se sent unifiée avec le tout : la nature, le cosmos, la conscience universelle. Il en résulte une expérience d’intense bien-être indescriptible. Tout ce qui est négatif est effacé, l’être est transcendé, voire transformé. Il est quasi impossible de traduire cette expérience par des mots.

La transe obtenue par des substances psychotropes : amanita muscaria, datura, mandragore, peau de crapaud, ryzhomes de canne de Provence, ayahusaca, peyolt, san pedro, psylocybe, tabac, alccol, etc….

La transe obtenue : par une gestuelle, une chorégraphie, les sons, les chants, le tambour et autres percussions.

De même, nous pouvons distinguer entre la transe statique et la transe dynamique.

Dans tous les cas, il s’agit de se libérer du corps physique pour libérer le double et accéder ainsi à un autre niveau de conscience.

En état de transe, les perceptions corporelles diminuent grandement ou disparaissent, très souvent cela permet de ne plus être sujet à la douleur. Par expérience, je sais que la pratique de la transe est une pratique des plus profitable. En se libérant des tensions corporelles et psychiques, nous permettons à notre être d’expérimenter d’autres possibilités et renforce l’énergie d’auto-guérison présente en chacun d’entre nous.

Mais dans notre société, notre culture basée uniquement sur la volonté, une pseudo rationalité et un hypercontrole sur tout, notre être véritable est en prison. De ce fait, il se trouve qu’on l’accepte ou non dans un processus morbide.

Je me souviens d’une brave dame, présidente d’une association, organisatrice de conférences qui m’avait téléphoné pour m’inviter à donner une conférence sur le chamanisme. Vers la fin de la conversation, elle me pose une question angoissée dramatique pour elle. « Monsieur, surtout vous n’entrez pas en transe pendant votre exposé » Je ne pus qu’éclater de rire.

Sans parler de transe chamanique, je vous encourage de faire l’expérience de la transe, vous en retirerez toujours un bénéfice.

Je vais le répéter, dans l’univers du chamanisme, il y a des chamans plus ou moins puissants, plus ou moins évolués et donc différentes formes de transes. Il y a des transes ou le chaman se transforme en un animal, reproduisant les bruits, les mouvements de cet animal. Parfois, dans certaines formes, le chaman semble possédé, les yeux roulent dans leur orbite, il semble incontrôlable, souvent même une bave s’écoule de sa bouche. Chez certaines tribus d’Amazonie, le tableau est encore plus surprenant et pas toujours ragoûtant. Un assistant souffle dans la narine de l’officiant une prise de Yagé. Bien souvent, une morve verdâtre s’écoule de son nez et une bave de même de sa bouche. Nous sommes là en présence d’une force primitive, de ces expériences qui ont permis aux hommes de transcender leur connaissance des mystères de la vie et de l’esprit.

Sans parler de la transe chamanique, dans laquelle, la transe n’est qu’un moyen pour utiliser les pouvoirs de l’esprit et des techniques chamaniques. Il est loisible d’expérimenter la technique de la transe.

Comment ? En tenant compte des quelques indications suivantes.

Comprenez que vous devez vous libérer de votre corps, et cela vous pouvez le faire dans le plaisir et la joie.

Pratique de la Transe

Choisissez un endroit tranquille où vous ne serez pas dérangé, préparez de la musique, des percussions africaines, vaudou, d’une culture qui vous plaît. Il est important que ce soit un peu répétitif, long. Vous vous mettez debout, et commencer à faire vibrer vos jambes des talons jusqu’à ce que cette vibration vienne habiter tout votre corps afin de lui permettre d’entrer dans une forme d’expression corporelle totalement débridée et incontrôlable. Vous aurez pris soin d’écarter les objets dangereux dans votre lieu. Pour les débutant, je conseille de se bander les yeux.

Mais avant tout, la préparation psychique est le gage de la réussite. N’envisagez de faire cette expérience que dans un moment où vous le désirez vraiment, qu’une sorte d’émotion, une joie vous habite à l’idée de pratiquer. Ensuite vient ce qui n’est pas facile pour tout le monde : le lâcher prise. La manière dont on aborde cette expérience en conditionne les résultats. Pendant l’expérience, il vous faut ignorer l’environnement et votre corps. C’est-à-dire ne pas vous préoccuper d’une fatigue, d’une crampe, d’une douleur, d’une gêne. À cela, réagissez par l’acceptation, ignorez les désagréments, concentrez vous uniquement sur le fait de laisser bouger votre corps à sa guise suivant les percussions. Considérez votre corps, comme quelque chose d’étranger.

Très important, soyez attentif à votre respiration, laissez la libre de suivre le rythme de la musique, laissez la s’amplifier.

Psychologiquement, n’essayez surtout pas de « faire », de « vouloir » mais plutôt de vous abandonner à l’expérience. Oublions toute philosophie, toute vision du monde, soyez plutôt dans l’ouverture, l’acceptation de ce qui se passe et de ce qui peut surgir dans votre esprit.

Une technique facilite l’entrée dans un autre état de conscience, il s’agit de la convergence oculaire. Pour ce faire, il convient de faire converger son regard vers un point entre les deux yeux, en arrière dans le cerveau. Au début, c’est un peu dur mais cela devient facile avec la pratique.

Et maintenant, n’oubliez pas l’adage chamanique :

Expérimente et tu sauras !

La conception chamanique du voyage du double, c’est-à-dire de l’âme

Toute les traditions chamaniques s’accordent à dire que notre âme se sépare du corps physique lors de deux situations différentes :

- premièrement par le rêve
- deuxièmement lors de la transe
- Toutefois dans certaines circonstances, l’âme peut se séparer du corps : maladie grave, expérience de mort, dépression grave

Dans ce dernier cas toute personne peut alors se trouver en situation d’expérimenter le voyage de l’âme. Souvent d’ailleurs avec beaucoup d’angoisse et de peur, mais ce sera toujours une expérience qui marque profondément la personnalité.