Chamanisme en Amazonie

L’Amazonie est si j’ose dire une terre de légende et l’on ne peut comprendre le chamanisme Schuar si l’on ne tient pas compte comme pour toutes les formes de chamanisme de son environnement. Tout d’abord le fleuve Amazone si grand, si puissant, si tentaculaire. Et puis la forêt que l’on qualifie aujourd’hui de poumon de la planète : une végétation luxuriante, riche, dense, très diversifiée au point que l’on n’en connaît pas encore toutes les espèces. Un des terrains de chasse des ethnobotanistes et autres mercenaires des laboratoires pharmaceutiques.
Le monde des Schuars, c’est aussi les montagnes volcaniques et les cascades, hauts-lieux d’initiation chamanique. Les peuples indigènes ont toujours vécu en symbiose avec cette nature à la fois si riche et si sacrée. Grâce à leur sagesse, ils ont su préserver ce patrimoine mondial que la folie humaine dite de « progrès » voudrait détruire à des fins bassement mercantiles.
Les Schuars sont un de ces peuples indigènes et comprennent différentes familles : Schuars, Aschuar, Zaparo, etc.. Comme souvent, ils nous sont plus connu sous le nom que les colonisateurs Espagnol leur on donné : LES JIVAROS et dont on a voulu réduire les traditions à la pratique de la réduction de têtes humaines.

Comme tous les peuples indigènes d’Amazonie, ils ont développé une connaissance intime des plantes médicinales et des plantes sacrées, en particulier une préparation qui en est le fondement spirituel : l’AYAHUASCA.
Certains voudraient réduire l’Ayahuasca à une plante hallucinogène. Réduire le sacré à cette fonction dénote une ignorance méprisable quand cela n’a pas pour objectif de dénigrer une connaissance profonde de la nature et des forces qui l’animent.
Si l’Ayahuasca est le fondement sacré des Schuar, c’est parce qu’elle purifie, guérit, enseigne, elle ouvre les portes de la conscience, non dans le délire mais dans la lucidité, la compréhension. Elle permet à l’être humain de s’épanouir sur tous les plans : physique, émotionnel, psychique, sacré. Mais, bien sûr, il faut y mettre du sien.
L’Ayahuasca participe de la vie. C’est la liane de vie, la liane de l’âme qui relie la Terre et le Ciel.
Notre monde est un équilibre fragile tout comme notre propre équilibre est fragile.     Alors, soyons attentif.
La nature est un livre (vivant) qui nous enseigne en permanence. Chaque instant, chaque création est signe. Elle est aussi une médecine qui donne la vie et guérit si nécessaire. L’esprit est partout dans les pierres, les plantes, les animaux, les éléments. Le chamanisme Schuar nous permet de nous relier à la vie et à ses secrets.

Aujourd’hui ce peuple subit les pressions des prédateurs, s’organise pour la survie de sa communauté et de ses traditions. C’est dans cet esprit qu’Hilario Chiriap, un uwishin Schuar transmet cette tradition à ceux qui se sentent concerné par ce chemin.
Leur lutte c’est notre lutte pour la survie de l’humanité. En un sens les Schuars ont besoin de nous, comme nous avons besoin d’eux.
Ma démarche, est l’échange, le respect mutuel, je reçois leur tradition et je partage avec eux le chamanisme européen dont d’ailleurs beaucoup d’européens ignorent même l’existence.
La cosmogonie, la mythologie, les rituels, la relation aux esprits de la nature, une union intime avec les plantes et les animaux forment un tout, un chamanisme profond authentique et vivant.

Le chamanisme Schuar tente de se maintenir et de se transmettre en faisant le pari de l’ouverture au monde. Pourtant, il a bien failli disparaître. À l’époque des colonisations, l’Église Catholique avait conclu un arrangement avec le gouvernement. C’est ainsi que l’Église, s’est trouvée à « gérer » les zones indigènes, où plutôt les zones où furent cantonnés les indigènes avec tout pouvoir sur ceux-ci. Le scandale de la chose n’a choqué aucune âme sensible, ni hier, ni aujourd’hui.

Aujourd’hui, justement, les Schuars se sont organisés et oeuvrent afin de se libérer du joug chrétien en retrouvant leur autonomie scolaire et en revitalisant leur tradition spirituelle.

Mais la chose n’est pas aisé pour des raisons internes et externes. À l’intérieur du peuple Schuar, la plupart des anciens ne veulent pas transmettre la tradition au motif qu’ils veulent la transmettre comme ils l’ont reçue. C’est-à-dire dans les mêmes conditions, de temps, d’espace, de pratiques, oblitérant ainsi le fait que leur univers a changé.

À l’extérieur, il y a la pression de l’Église pour qui tout être humain doit être chrétien ou ne pas être. Et il y a la pression de la société moderne du tout économique qui réduit l’individu à deux fonctions : producteur ou consommateur. Ce qui signifie que si les Schuars veulent leur autonomie, ils devront se soumettre à la loi du marché où l’on a d’existence que si l’on a une valeur marchande.

Les Schuars, semi-nomades à l’origine, furent sédentarisés par l’Église. En Équateur, il existe environ 500 communautés Schuar.

Néanmoins, la tradition chamanique Schuar se régénère et se perpétue tant bien que mal.

Cette tradition s’articule autour d’une mythologie et d’un symbolisme où évidement les forces de la nature tiennent une place essentielle. La tradition comprend différentes expériences initiatiques fortes qui nous renvoient à la base même du chamanisme : pour connaître, expérimente.

Le Natemamu, rituel pour la mort.
Consiste à absorber pendant plusieurs jours et au cours d’un jeûne des bols entiers de préparation à base de la liane Ayahuasca.

La Cascade
Ce rite peut se pratiquer de différentes façons, il inclut la prise d’Ayahuasca, de jus de tabac et de jus de datura. Il faut marcher beaucoup et de manière pénible pour atteindre une cascade précise, c’est-à-dire une cascade sacrée. Là, il y a la rencontre avec la cascade. C’est une expérience forte dont je garde en moi les traces.

La tsansa : réduction de tête
Cérémonie importante qui a fait une réputation sauvage aux Schuars appelés Jivaros par les colons. La pratique se traduit par la réduction selon une technique élaborée d’un ennemi valeureux ou d’une personnalité remarquable. À remarquer, qu’il est parfois fait réduction d’une tête d’animal

Uwin
Ce rite concernant le passage d’être ordinaire à celui d’homme –médecine.

La base essentielle du chamanisme Schuar est comme dans toute l’Amazonie l’utilisation de la préparation appelée Ayahuasca ; que les ignorants nomment plante hallucinogène et que les esprits éclairés nomment plante sacrée, plante enseignante, plante guérisseuse.

L’Ayahuasca est le fondement spirituel du monde amazonien !