Comment se passe un rite chamanique?

1 – L’INTENTION . 

2 – LE RITUEL . 

3 – LES PARTICIPANTS . 

4 – LES BIENFAITS .

Pour comprendre les pratiques chamaniques, je vais aborder la question du rite chamanique. 
En apparence , tout comme la question :  » Qu’est ce qu’un chaman ? », cette question paraît simple, mais pour qui sait, cela nous amène dans un univers inaccessible à beaucoup.

Ces questions sont légitimes, mais les réponses ne pourront qu’être parcellaires.

La renaissance du chamanisme au niveau mondial justifie d’autant plus ces questions.

Bien que ce que je vais pouvoir dire au sujet du rite sera bien pauvre, il est juste que je partage.

Tout d’abord en règle générale , un rite chamanique est pratiqué par un chaman.

Mais dans les sociétés traditionnelles, certains rites familiaux sont accomplis par le chef de famille (hommage aux ancêtres par exemple ou pour la protection du bétail).          Certains rites sont tout à fait individuels.

Nous avons donc différentes situations :
• le rite personnel
• le rite familial
• le rite collectif
• le rite pour aider une personne, celui-ci est pratiqué par un chaman avec ou sans la présence de la personne, mais ce rite peut être collectif.

Du rite personnel au rite collectif, c’est le chaman qui est le gardien de
l’harmonie entre l’être humain, la nature, les esprits.

Outre la forme, il existe de multiples fonctions du rite :
Rites de purification, protection, offrande , guérison, désenvoûtement, trouver un objet ou une personne disparue, rites de passage, d’initiation, de transmission, d’apparentage, funéraire, de sacralisation, de fécondité ; puberté, mariage, naissance, et culte des ancêtres.

On pourrait dire que tout rite est : s’unir volontairement à la tradition que le rite consacre (d’ailleurs le mot en lui-même à un double sens étymologique de relier et se recueillir).
Il a aussi dans sa dimension collective une fonction d’union, rassemblement, harmonisation.
Outre l’objectif sacré qu’il possède nécessairement , le rite régule les tensions dans le groupe, il apporte une nouvelle force.

Ce qui m’amène tout naturellement à un principe important en chamanisme, la notion d’intention.


L’INTENTION

Aucun rite ne peut être valable s’il n’est porté par une intention véritable.
Celle-ci est comme la flèche tirée par l’arc de l’esprit.
Je dirais même que l’intention est l’esprit du rite alors que l’organisation pratique en est le corps.

L’intention est l’essence de l’acte, c’est pourquoi le rite ne peut être un acte répétitif, stéréotypé comme pourraient le voir certaines personnes extérieures.

C’est pourquoi également, pratiquer un rite chamanique que l’on a lu dans un livre, ou que l’on a vu dans un reportage ou même vu de ses propres yeux, est une attitude non seulement irrespectueuse mais inconséquente. Parce que si l’on met en oeuvre un rituel c’est pour en tirer une énergie bénéfique.

Ce que je veux dire : ce n’est pas un jeu plus ou moins exotique.

Pour poser une intention le chaman est entièrement dans l’énergie tant au niveau physique, psychique, émotionnel que sacré.
Dans son esprit l’intention n’est pas quelque chose d’extérieur ou simplement une pensée, un désir.
Il est, il incarne l’intention.

Il en découle que le rite ne peut être pratiqué à la légère, le plus souvent il découle d’une nécessité parfois même d’une urgence. On ne peut se moquer impunément des esprits et des forces de l’univers.


LE RITUEL

Je vais brosser ici à grands traits dans un exemple collectif ce qui fonde un rite chamanique.

L’intention en est le germe et la direction.
Le chaman va être le point central de cette opération.
Il y a une assemblée de personnes qui vont participer, aider le chaman dans sa pratique. Être présent, participer, réagir à ce qui se passe , bref rentrer dans
l’histoire, car il s’agit bien d’un drame qui se joue.

Les Occidentaux coupés de leur racines sont soit passifs, intériorisant leur expérience ou bien alors décalés. Mais bien souvent il y a une ou deux personnes qui au fond d’elles-mêmes n’adhèrent pas à ce qui se passe, ont des pensées méprisantes ou hostiles ou bien encore, ayant peur de leur propre peur, peuvent être agressives. Ces personnes rendent l’action du chaman plus difficile et mettent sa vie en danger.

Ce que je dis là est une réalité simple, nette et claire.

Le rituel crée un espace-temps sacré, il ouvre une porte qu’il faut savoir ouvrir et qu’il faut nécessairement fermer à un moment donné et seule une personne reconnue par les esprits et les hommes peut l’accomplir d’une manière sacrée.

C’est une expérience qui est mise en mouvement, perceptible par les personnes dont l’âme est vivante, sensible.

Le chaman va mettre en oeuvre les moyens nécessaires à l’accomplissement : les offrandes, les symboles, les mythes, la sacralisation de l’espace, demander à certaines personnes de faire telle ou telle chose à tel moment ou à un autre.

Avant même que le rituel soit mis en place, les énergies de chacun se révèlent, se heurtent, se croisent et finissent par s’accorder.

Imaginez une roue avec son moyeu, c’est à dire son centre.
Le rite est la création d’un cercle sacré dont le chaman est le centre symbolique et animateur.
Le cercle est formé par les participants et les éléments matériels du rite : symboles, offrandes, fumigations et toutes sortes de médecines. Selon les traditions cette roue médecine est plus ou moins élaborée ou complexe.
C’est juste une question de tradition.
Le principe reste le même.

Ce cercle consacré donc sacré sera le théâtre dans lequel les participants vont se trouver reliés et acteurs.

Il s’agit d’un lieu de protection et d’ouverture.

Lorsque je conduis un rite chamanique, je suis revêtu de mon costume chamanique.
Il ne s’agit pas de folklore !
Ce costume chamanique est à la fois une protection et un lieu de rassemblement pour mes esprits alliés.
Je sens dans mes jambes à la fois la Terre-Mère sa force, sa protection et la lignée des Ancêtres.
Dans mon âme et mon coeur se trouve la connexion à mes collègues chamans avec qui j’ai des liens particuliers à travers le monde. Par mon esprit je suis relié au Père-Ciel et au Grand Mystère.

Alors , je suis ici et ailleurs. Le temps et l’espace sont en expansion.
Passé , présent et futur se conjuguent.
Je vois ici et d’autres mondes.
Je suis en lucidité sur plusieurs plans. Je suis totalement présent avec les personnes dans le cercle sacré, comme je suis totalement présent en lucidité avec d’autres réalités.
Ce qui me permet de Savoir et de faire ce qui est juste au moment juste et l’Intention guide mon chemin.


LES PARTICIPANTS

Cela fait plusieurs dizaines d’années que je conduis des rituels collectifs.
De la sorte, j’ai été confronté à des personnes de tous âges, du bébé au centenaire, de toutes cultures, de toutes religions.
Inutile de rappeler que si un rite à lieu, c’est qu’il y a une raison.

À chaque fois, j’observe comment sont les participants pendant la préparation, les énergies qui se mettent en place.
Il y en a qui préfèrent rester en retrait, d’autres s’activer, s’impliquer dans les préparations soit par angoisse, soit pour la relation au sacré.
Évidemment, il y a toujours un ou deux individus qui s’efforcent de séduire le chaman avec des jeux psychologiques vains.

Dès que le cercle sacré est formé, les participants imperceptiblement changent d’attitude, deviennent autres.
Ils sont investis eux aussi par le sacré et c’est en cela qu’ils s’aident et aident le chaman à ce que l’opération fonctionne.

Bien que le rite soit plus ou moins codifié, il est une trame sur laquelle le chaman va broder l’histoire qui se joue.
De fait tout ce qui est demandé aux participants, c’est de participer en se mettant en accord avec l’énergie du cercle sacré.
En fonction de ce qui se passe avec les esprits et les personnes, je vais soit demander à un participant de faire telle ou telle chose, ou je vais moi-même intervenir sur une personne.
Si le rituel a lieu au bénéfice d’une personne, je vais l’inclure dans l’axe cosmique que je deviens lorsque je pratique.

Ce qu’il faut saisir est que contrairement à la psychothérapie qui s’évertue à réparer par un retour au passé, l’action chamanique est autre.

Chamaniser, c’est être dans le présent, aller récupérer ou réajuster l’âme de la personne.

La vision chamanique du mal-être d’un individu est celle d’un monde déstructuré. Le rituel consiste donc à achever la destruction de ce monde, l’amener à sa fin pour permettre l’émergence d’un nouveau monde.

Notez qu’aujourd’hui, c’est la même chose au niveau collectif. L’espèce humaine termine un cycle et a besoin des chamans pour faciliter l’émergence d’un nouveau monde.


LES BIENFAITS

Le rituel est ouvert, puis fermé, c’est une évidence.
Il permet de relier, de mettre en harmonie l’humain avec l’univers et ses forces invisibles.
Mais la cérémonie, elle-même commence bien avant le rituel et se continue bien après sa fermeture.

Le simple fait d’être en contact avec cette histoire apporte quelque chose d’indicible, d’inexprimable.

Pendant le rituel les participants semblent, un temps, déchargés du poids de l’humanité.
Ils semblent plus lumineux, les visages se détendent. L’énergie circule dans leur corps, leur esprit s’apaise.
Après le rituel , des portes vont s’ouvrir dans la vie de chacun.
Des situations bloquées se débloquent.
La confusion fait place à la clarté, le rapport aux autres et à la vie change.

Le fait est que même inconsciemment, l’expérience de la reliance modifie le rapport au monde.

Beaucoup de souffrances, de troubles émotionnels viennent du fait que l’être humain, coupé du flux de la vie, se sent seul, profondément seul.

Les bienfaits d’un rituel chamanique sont de participer et de vivre une renaissance, de partir dans la vie avec des forces nouvelles et là tout est possible.

(Article de Joan Pinchu, publié sur le site :
http://www.macrolivres.com/fiches/comment_se_passe_un_rite_chamanique.php)

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