Introduction au baton de pouvoir

L’image a fait son œuvre ; Merlin et Odhinn, ne souffrent d’être représentés sans un puissant bâton magique.

Cette image s’est transmise aux fées de nos contes et légendes. La belle fée ayant une baguette magique pour agir sur notre monde. Cette puissante image habite nos esprits avec une grande présence. Mais, il n’y a pas de fumée sans feu, comme l’exprime pertinemment une de nos expressions populaires. L’image du bâton est inhérente à l’image du chaman. Si beaucoup n’y voient qu’un élément symbolique, esthétique, ce bâton, comme vous vous en doutez, est bien plus que cela.

Le bâton est un “simple” morceau de bois, mais ce morceau de bois est le support de différentes représentations symboliques que l’on retrouve au travers des différentes traditions terrestres. Pourquoi, un tel pouvoir représentatif ?

Pour cela, il est nécessaire d’appréhender cet instrument en tant que qu’extension de la main humaine, elle-même instrument de l’esprit humain. Autrement dit ce qui permet au spirituel de s’exprimer dans le monde de la matière.
Ainsi, le bâton peut être compris comme un index qui montre, qui désigne, qui juge, qui condamne, qui pointe, qui trace, qui caresse, qui appelle, qui injurie, qui indique une direction voire un désir.

Certains d’entre vous, ont encore l’image du maître d’école qui avec sa baguette dirige sa classe, voire punit en frappant avec cette même baguette. Pensez au chef d’orchestre qui officie avec une simple baguette.
De même c’est une simple baguette qui sera l’instrument nécessaire à la pratique du tambour.
Les rois sont représentés par un sceptre, instrument de l’autorité suprême, du règne sur la matière et l’esprit. Le pape et sa crosse. Le bâton participe des trois règnes : physique, émotionnel, spirituel.
Dans tous ces cas, c’est lui qui représente l’énergie, la force, la direction.
Dans la république française le plus haut grade militaire est celui de maréchal symbolisé par le fameux “bâton de maréchal”, représentant à la fois sont grade et son autorité.
Le bâton correspond aussi symboliquement à la colonne vertébrale, véritable arbre de vie autour duquel s’organise la vie de l’homme. Il existe une expression populaire qui nous parle d’un « bâton de vieillesse », exprimant là la possibilité qu’a une personne de s’appuyer sur des éléments pouvant lui assurer une vieillesse paisible et confortable.

Observez les autres peuples, les autres manières de vivre. Voyez, ces bergers dans les terres désolées conduisant leurs troupeaux faméliques. Voyez, ces griots contant les généalogies, Voyez ces rois ou ces dignitaires tous armés d’un bâton, soit une simple branche naturelle ou un bâton délicatement orné et travaillé par un artiste. Voyez le bâton médecine du chaman.

Le bâton dès les origines fut le premier instrument de l’homme car il servit à produire, reproduire et transmettre le feu. Le feu cette énergie céleste qui établissant la relation terre-ciel permit à l’homme de survivre et de se développer.
C’est aussi le bâton fouilleur permettant d’atteindre des racines nourricières dans la terre, de creuser également à la recherche de l’eau. D’être l’index du temps, en matérialisant l’ombre du déplacement solaire. Le bâton sert également à tenir un danger à distance, il marque le territoire personnel proximal.

Le bâton est représentatif du symbole important qu’est celui de l’axe cosmique, cet axe qui délimite le temps et l’espace, autour duquel s’articule l’univers, autour duquel tourne la roue cosmique, des réincarnations, des morts et résurrections.
L’axe autour duquel de développe le destin d’une existence humaine, d’une civilisation ou d’un univers. Il est le centre du cercle zodiacal de toutes les astrologies et de toutes les philosophies.

Ainsi, devant la banalité, d’un simple morceau de bois se cache les plus grands mystères de l’univers.

Le bâton : axe du monde, colonne vertébrale, soutien de la marche du pasteur ou du pèlerin, symbole de l’autorité et du pouvoir, symbole de l’esprit pénétrant, comme protection et comme’ arme. N’oublions cependant pas que le bâton est aussi l’instrument de la punition.

Le bâton, est aussi la baguette magique de la fée qui par ses pouvoirs ferme ou ouvre l’esprit et transforme le monde.

Le bâton est la suprématie de l’esprit sur la matière, la suprématie de l’invisible sur le visible.

Le bâton est souvent associé à la symbolique phallique, représentatif, de la fertilité, du feu, de la régénération, de la fertilité.

Soutien, tuteur, enseignant, initiateur, tel est la magie fondamentale du bâton qui est aussi symbole de renaissance par le symbolisme du rameau qui reverdit, donne un surgeon. Indiquant qu’après une mort apparente, renaît la vie. L’existence éternelle se trouve donc dans ce message de l’éternel renouveau.

Le serpent est souvent associé au bâton, peut être en tant que symbole justement de renouveau, de changement de peau, de connaissance et de médecine. Il est d’ailleurs curieux de constater que lorsque l’on hypnotise un serpent, il devient raide comme un morceau de bois. Il suffit alors, de le jeter au sol, pour qu’il retrouve sa nature de serpent. Nous avons dans le symbolisme du bâton, la représentativité a la fois de l’unité et de la dualité.

Mais, le bâton est aussi représentatif de la foudre qui s’abat sur la terre pour la féconder. D’où cette représentions de frapper le sol avec un bâton dans les rites anciens, notamment pour réveiller la terre à l’arrivée du printemps.
Le bâton peut même permettre de découvrir de l’eau ou de faire jaillir une source.
Le bâton de la sorcière permet le voyage de l’âme. Le chemin de l’initié dans son voyage se retrouve dans le symbole du bâton noueux, chaque noeud étant, une étape, une initiation, un passage, mais également un centre d’énergie.
Le bâton du chaman est symbole de la monture invisible, véhicule des voyages dans les autres mondes, mais aussi de l’autorité que possède le chaman dans l’exercice de ces dangereux périples.

Chez les amérindiens des plaines, outre le bâton du chaman, il existe différentes sortes de bâton.

Le bâton fouilleur

Le bâton est probablement le premier instrument de l’homme en tant qu’extension du bras et de la main afin d’atteindre une chose éloignée. Il avait ainsi par cette fonction de distanciation une capacité de protection en permettant un contact avec une chose piquante, morte, un animal agressif, le feu, etc.…..

N’oublions pas que les premiers hommes étaient des chasseurs cueilleurs. Nous pouvons observer chez les aborigènes d’Australie et dans quelques autres peuples du monde, des activités pratiquées à l’âge de pierre.

Le bâton fouilleur apparaît alors comme un outil indispensable à la vie et à la survie. Ce bâton est un morceau de bois relativement dur et court. Il permet de creuser, c’est-à-dire de fouiller le sol pour rechercher et extraire des racines, tubercules, certains insectes comestibles, de plantes contenant de l’eau, des plantes médicinales. De manipuler, des choses dans le feu, de transporter le feu. Tracer un cercle sur le sol, créant ainsi un espace de protection, un espace médecine et une représentation du monde. On comprendra dès lors l’importance de cet objet à cette époque. Peut-être faut-il voir dans cette puissance ancienne l’origine du symbolisme du bâton.

Le bâton de touche

Le bâton de touche est un bâton qui servait à compter les coups. Au cours d’une bataille, des guerriers intrépides se jetaient au coeur de la lutte et allait toucher avec le bâton un ennemi. Plus il comptabilisait des coups plus c’était un guerrier valeureux et courageux.

Le bâton de parole

Ce bâton servait au cours de conseils, de cérémonie ou de réunion pour résoudre un conflit. La personne qui tient le bâton à la parole et chacun se doit de l’écouter attentivement et le bâton circule dans le cercle.

Chez, les anciens scandinaves le même procédé avait lieu : un sexe de cheval embaumé tenant lieu de bâton. Chez ces même scandinaves, le bâton d’infamie servait pour agir magiquement envers des personnes ennemies.

D’ailleurs chez les chamans Nordique le bâton porteur des Runes est l’instrument magique, de connaissance et de pouvoir par excellence.

Le bâton de prière

Il s’agit d’un bâton élaboré et orné de manière personnelle afin d’être un outil de reliance spirituelle avec le grand mystère.

Le bâton d’infamie

Typique de la tradition nordique, il s’agissait d’un acte magique destiné à la fois à désigner à la société et à la personne, une charge d’infamie lancée contre elle. Cet acte avait valeur de jugement et de condamnation. La personne qui avait la conviction d’être atteinte par magie, mauvais esprit et veulerie par une autre. Dressée un enclos au centre duquel, elle plantait un pieu sur lequel, elle fixait une tête de cheval orientée en direction de la maison du « sorcier » ou de la « sorcière », noirs.

Le bâton chamanique

Le chaman possédera avec un bâton médecine l’expression de son expérience, de sa capacité à voyager a travers les mondes, de sa capacité à dialoguer avec la nature, la vie, la mort et les esprits. Ce bâton est médecine parce qu’il est chargé de puissance spirituelle. Ce bâton est alors un instrument de médecine, il est le cheval, le soutien du chaman dans ses chants, ses voyages, la médecine, la divination, la magie, l’exorcisme.

Au départ du chemin initiatique, le bâton sera l’expression de la direction initiatique, mais au fur et à mesure, des cérémonies et des pratiques ; il gagnera en puissance et renforcera la puissance du chaman, quitte à le soutenir en cas de besoin.

Bien entendu, l’apprenti chaman devra confectionner lui-même son bâton. Tout d’abord il lui faudra “rencontrer” son bâton. Ce sera peut-être au cours d’une cérémonie, d’une expérience personnelle, il sera en cela aidé par une rêve ou une vision. Le morceau de bois aura peut-être une singularité physique et spirituelle ou bien encore une histoire particulière. De même, la connaissance de la magie végétale indiquera une énergie particulière choisie par le chaman. Ce bâton sera reçu d’une manière chamanique et quelque chose sera déposée dans la nature par respect pour l’équilibre de la vie.

La biographie chamanique de l’homme médecine ou de la femme médecine se retrouvera dans l’ornementation du bâton. S’y inscrirons aussi, ses capacités particulières et ses médecines.

Le bâton médecine devient ainsi un objet sacré qui fait l’objet de toute l’attention et du respect du chaman en tant qu’alter ego de son âme. C’est pour cela que les matières qui y sont attachées sont nobles et le plus sauvage possible. Car ce qui est domestiqués, élevés ou cultivés possède moins de forces que ce qui est libre.

Ce bâton accompagne le chaman dans son expérience spirituelle, il en est en quelque sorte le témoin vivant

Stafr – le bâton runique

Le vieux Norrois possède de nombreuses appellations pour le bâton runique. Il faut dire que celui-ci avait différents usages. Mais son utilité principale reste encore et toujours, l’acte magique.

Le bâton runique est soit gravé soir peint de runes bien mystérieuses pour le profane. Mais n’en est-il pas de même de nos jours ? A l’époque de la religion des anciens scandinaves, posséder la science des runes revenait à disposer du savoir, de la sagesse, du don de voyance et de prophétie et de bien d’autres pouvoirs à la fois craints et convoités, comme par exemple celui de maîtriser les opérations magiques.

L’usage du bâton runique :
Message : pour convoquer les jarl au thing (tribunal), pour transmettre une alerte, un jugement ou un événement particulier. Mais, ce bâton était peu ou pas gravé de runes, c’était surtout sa forme qui à elle seule évoquait le message.

Marque : de nombreux bâtons runiques étaient des marques de propriétés. La notion de propriété renvoyant à la notion de ODAL , le patrimoine avec les responsabilités et devoirs inhérents à ce statut social. Parfois, il s’agissait d’une marque de fabrique ; l’artisan affirmant alors sons savoir faire, sa science en particuliers chez les forgerons, qui comme on le sait sont familiers au monde chamanique.

Magique :la plupart des bâtons Runiques découvert par les archéologues sont porteurs de formules de protection contre les revenants, formules de guérisons, formules d’infamie, formules incantatoires et tout ce que peut comporter l’univers de la magie. Formules par une multiplication de la même rune ou formule lapidaire ou bien encore par la présence du Futhark complet, ce qui évoque alors, une personne qui dispose d’une parfaite connaissance de la Tradition Nordique.

Stafr de pouvoir

Le Futhark de 24 Runes est apparu dans le sein de la Tradition Nordique . Ce n’est que tardivement donc qu’il fut inscrit sur le bâton de pouvoir du chaman encore que cela ne fut pas systématique.
Le chamanisme scandinave, je le répète, est imprégné du chamanisme Nordique de Sibérie, des Sames, des Finnois.
Le bâton de pouvoir utilisé pour les sejdr (transe chamanique) se trouve la plupart du temps simple dans son expression, le chaman usant de sa forme, de la nature du bois et de quelques éléments médecines significatifs pour lui.

Le bâton chamanique runique permet par la lecture des runes, les incantations, l’évocation des esprits, l’évocation du monde : sa création, sa vie, sa fin autrement dit l’évocation des mythes et la puissance de leur force sur l’existence humaine.

Par expérience, je conseillerais aux néophytes de ne pas trop s’aventurer dans ce type d’expérience sans un accompagnement sérieux.
Je sais par l’observation quotidienne combien les personnes de nos jours ont la sensation de tout comprendre facilement, d’avoir l’illusion de tout maîtriser, d’avoir ainsi une sorte d’impunité. Le danger vient aussi de ce que bon nombre ne croit pas, profondément, au fond de leur cœur, aux traditions qu’elles évoquent.

A l’instar du taoïsme chinois, les Runes ne sont révèlées et dispensées que par le monde des esprits, nul ne peut s’arroger cette connaissance par décision personnelle.

Ce que j’affirme là n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité concrète. Il y a des forces qu’il vaut mieux ne pas narguer.

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Souvent considérée comme une épreuve extrême, la quête de vision est une expérience indispensable à tout chaman et l’on peut dire qu’elle est bénéfique à toute personne.

Cette pratique est inscrite dans toute tradition chamanique avec bien sur des variantes locales. Mais le fond reste le même. La quête de vision est destinée à plusieurs objectifs ;
en tant que rite d’initiation ou de rite de passage, acquérir un pouvoir ou une médecine personnelle, rentrer en contact avec son destin, et surtout entrer en contact avec le monde spirituel.

En étant investi par le sacré, l’on devient pleinement, on acquière une puissance intérieure qui bouleverse la vie.
La quête de vision, nous confronte avec nous-même, les forces obscures qui sont en nous et qui agissent souterrainement. Elle peut nous donner l’occasion d’avoir une vision, une voyance sur notre chemin de vie, elle peut nous apporter une connaissance, une compréhension, un chant ou une médecine particulière que nous pourrons alors mettre en œuvre.

La quête de vision revêt bien des aspects, mais, elle comprend toujours une période d’isolement, de retrait du monde, un jeûne. Dans certains cas la consommation de plantes ou substances modificatrice de conscience. La démarche de la quête de vision et de prendre une distance par rapport à la famille et à la société dans laquelle nous vivons, et qui nous conditionne.

À cet égard, une des sept cérémonies sacrées des Sioux Lakotas, la fameuse SUN DANCE (la danse face au soleil), si longtemps interdite par le gouvernement américain s’apparente souvent à une quête de vision.

Cette cérémonie a lieu une fois par an, l’été. Un poteau cérémoniel est dressé selon le rite. Des lanières de cuir y sont fixées. Depuis un an, les Sun dancers se préparent. Ils ont reçut l’appel de Wakan Tanka, le grand esprit, le grand mystère. Au jour, le la cérémonie qui va durer quatre jours, toute la population sera là, y compris les heyoka (les contraires), c’est à dire ceux qui sont directement inspirés par les esprits et exécutent ce que les esprits leur commandent.

L’homme médecine, l’homme saint qui dirige la cérémonie va alors percer chaque danseur à l’aide d’une griffe d’aigle. Il percera sa chair et y passera un bout de bois de cerisier. Il attachera alors le danseur aux lanières qui descendent du mat et lui donnera un sifflet en os d’aigle. Alors, celui-ci soutenu par la foule dansera face au soleil, en sifflant dans son sifflet en os d’aigle, en dépassant la douleur, en priant pour son peuple et pour l’humanité tout entière. Il priera pour la Terre-Mère, pour le Père-Ciel, pour les pierres, les arbres, les nuages, les insectes, les reptiles, les plantes, les animaux, pour la vie, il se sacrifira à lui-même pour la vie, donc pour le sacré, jusqu’à ce que ses chairs se déchirent et le libèrent de ses liens.

Voici un acte authentiquement chamanique qu’aucun gourou ou maître spirituel n’est capable d’offrir à ses disciples en désespérance.

Chez les Nordiques, il y avait le sacrifice suprême. Un homme était sacrifié, selon son propre choix, soit dans une source profonde, soit dans une tourbière. Il était, d’une manière sacrée, strangulé et jeté dans la source ou la tourbière. Son cheminement alors avait valeur sacrée et oraculaire.

Ensuite, il nous faudra, nous libérer d’autres liens : ceux de la chair, ceux de notre incarnation afin de libérer notre esprit afin qu’il puisse voler comme l’aigle. Et ce n’est pas pour rien qu’Odhinn, le vieux, le dieu nordique soit aussi le dieu des lieurs, car sa magie lie et délie.

La quête de vision est en fait une quête d’éveil, éveil à la vie, éveil au sacré.
Il s’agit d’une intention délibérée de se relier au sacré, motivé par une perception intérieure de retourner à la source. Il s’agit de mourir pour renaître à une autre vie. L’espoir est à la hauteur de l’ambition, mais le chemin est difficile. Les anciens ont parcouru le chemin, l’on balisé. Soyons humbles ! Ecoutons leur enseignement, leurs conseils.

La quête de vision est une expérience, qu’il nous faut vivre avec une grande lucidité.
N’oublions pas que l’éveil, c’est être éveillé, tout d’abord sur notre intention personnelle puis sur ce que nous vivons dans cette expérience. L’éveil apparaît, lorsque nos sens sont en éveil et non pas comme endormis comme c’est souvent le cas dans la vie quotidienne. Alors, la perception ouverte, lucide, pleine, s’impose.

Mais qu’est ce qu’une vision ?
Ce n’est pas une fantaisie de l’imagination, pas une rêverie, ni des images hypnagogiques, ni un délire, ni une hallucination.
Lorsque nous avons la grâce d’une vision, cela peut être une expérience dans laquelle nous avons immédiatement la compréhension de l’expérience, mais parfois, on ne se rend pas compte immédiatement qu’il s’agit d’une vision.
Il nous faut alors, un mouvement de compréhension, de réflexion, mais tout va très vite, même si dans ces expériences le temps n’a plus de consistance.
La perception de la vision est une expérience concrète, concrète comme la réalité de notre quotidien. À ceci près que nous vivons intérieurement une expérience émotionnelle très profonde qui nous transforme, nous bouscule, nous projette hors de nos habitudes, de nos limitations. Nous faisons alors un saut dans la beauté de la vie.

Lorsque je conduis des quêtes de vision, souvent les personnes sont dans une angoissante question qui me fait sourire. Je lis dans leur esprit « comment reconnaît-on une vision ? »

C’est simple, lorsque nous avons la grâce de recevoir une vision, s’impose alors en nous fortement la certitude intérieure que nous vivons une vision. Lorsque nous avons une vision : nous savons !

La quête de vision nordique

Curieusement, c’est en vivant une initiation chez les indiens Schuar d’Amazonie (plus connu sous le nom de Jivaros) que j’ai réalisé pleinement la quête de vision Nordique.
Le nom de Jivaros a été donné aux Schuar lors des conquêtes des Amériques par les espagnols, aussi tiennent-ils à ce qu’on les appelle par leur vrai nom : Schuar.

Au début de cette quête de vision, j’avais fait le Natemamu. Il s’agit là de diéter le natem ou liane des morts, ou appelée encore liane de l’âme. Il faut boire sans s’arrêter des bols entiers de décoction de cette liane, ceux qui connaissent comprendront l’horreur de la chose. Il faut boire cette médecine ainsi que du jus de tabac pendant quatre jours et ce malgré les révoltes du corps, jusqu’à sombrer dans l’inconscience. Après cette expérience, je fus mis en situation d’isolement et continuai mon jeûne.

Je ne sais à quel moment, alors que j’étais dans un contexte tout autre, je fus habité par la vision de l’arbre Yggdrasil.
J’étais là avec les peintures médecines tracées sur mon visage et mon collier d’Itzé pour que la médecine de l’anaconda m’accompagne. Je ne sais si c’est la conjugaison de la faim, de la soif, de la chaleur étouffante et du natem, mais je voyais cette image immense de l’arbre Yggdrasil. Il était là, s’imposant majestueusement à mon esprit. Je sentais son incroyable puissance, je voyais l’eau ruisseler sur ses feuilles et un brouillard givrant, circuler autour de lui. Image rafraîchissante, vous en conviendrez.
Cette vision ne me quitta pas de deux jours et deux nuits. Au début, je ne comprenais pas cette vision, alors je l’accueillis. Je m’ouvris pour l’écouter. Mon esprit alors perçut le message. Yggdrasil me montra l’enseignement de la quête de vision Nordique et comment elle devait être faîte. Je fus stupéfait, je connaissais la méthode, je l’avais vécu, j’en avais le savoir, mais là en plein rituel Schuar , Yggdrasil m’enseigna la connaissance de la quête de vision Nordique.

La quête de vision Nordique est forcément en relation avec l’arbre, symbole chamanique par excellence. Le Nord de l’Europe vénéra beaucoup et avec justesse les arbres.
Elle se fait sous la forme d’une pendaison sous un arbre sacré et autour duquel est dressé comme bien souvent dans la tradition Nordique un enclos sacré. Le quêteur est accroché par les pieds à une branche haute mais pas trop et ce de façon à ne pas provoquer d’accident cardiaque ou neurocirculatoire. Le fait d’être pendu la tête en bas évoque le symbolisme de l’arbre renversé et la capacité du chaman d’aller dans le monde d’en bas comme dans le monde d’en haut, c’est aussi une référence à Odhinn qui se pendit ainsi pendant neufs nuits et neuf jours.

« Je sais que je pendis
À l’arbre battu des vents
Neuf nuits pleines
Sacrifié à Odin
Moi-même à moi-même donné
À cet arbre
Dont nul ne sait
D’où proviennent les racines

Point de pain de ma remirent
Ni de coupe
Je scrutais en dessous
Je ramassais les runes
Hurlant les ramassais
Puis retombais

Neuf chants suprêmes
J’appris du fils renommé
De bolporn, père de Bestla
Et je pus boire
Du précieux hydromel
Puisé dans Odrerrir

Alors je me mis à germer
Et à savoir
À croître et à prospecter
De parole à parole
La parole me menait
D’acte en acte
L’acte me menait. »
Grimnismal ; HAVAMAL V

Dans la pratique du chamanisme, il est des notions de numérologie. Mais une numérologie vivante contrairement à ce que les ésotéristes pratiquent.

Par exemple, les quatre directions; et donc la numérologie à base de quatre chez les Sioux Lakotas chez qui tout ce fait par quatre. Mais l’homme-médecine a tout loisir sur cette trame d’évaluer et de décider ce qui a lieu d’être.

Dans cette quête de vison, nous voyons Odhinn lutter pendant neuf jours et neuf nuits. Dans le monde Nordique, ce chiffre évoque d’une part les neuf mondes au travers desquels le dieu Odhinn voyage. Mais aussi, la lutte entre le temporel et le spirituel, c’est-à-dire entre ce que Odhinn recherche en tant qu’individu et son aspiration vers le spirituel.

En quoi fait étrangement écho le grand homme-médecine amérindien Black Elk ( Elan Noir )

« Tandis que je me tenais là
je vis plus de choses que je ne puis raconter,
Et je compris plus que je ne vis.
Car je voyais les formes véritables de toute choses,
L’esprit de toutes choses
Et la forme de toutes les formes
Et la forme de toutes les formes
Vivant ensemble comme un seul être. »

La quête de vision est un acte grave qui doit être sous-tendu par une intention claire dans l’âme. Il faut garder à l’esprit, l’expérience profonde que cela provoque.

Cela revient à être face à soi-même; la rencontre n’est pas toujours des plus agréables, mais elle est favorable à toute personne sur le chemin, ayant le désir sincère d’aller vers son mystère et le mystère du monde.  Alors, il sera beaucoup donné.

Les quêtes de vision

Plusieurs techniques ont cours : retraite dans une grotte, séjour prolongé en pleine nature sans aucune facilité, être couche ou assis dans une fosse de vision, être dans une fosse avec sur le corps des fourmis ou autres animaux, se plonger dans un essaim d’abeilles, être lié par une lanière et se jeter dans un trou dans la banquise, être attacher en plein soleil, etc.… la créativité peut être très riche en ce domaine.

Citation

La vision véritable n’est pas un rêve, c’est quelque chose de très réel. Vous êtes tout éveillé, et soudain une personne se tient à vos côtés, alors que vous savez pertinemment qu’elle ne peut être là. Vous ne rêvez pas, vos yeux sont ouverts. Il faut travailler longtemps à faire le vide dans votre esprit pour atteindre ce but. Une fois que vous avez fait l’expérience de cette vision réelle, plus rien d’autre ne peut vous satisfaire. À partir de ce moment, pour vous, c’est tout ou rien.

Introduction à l’étuve sacrée (hutte à sudation)

Il est une médecine chamanique quasi universelle. Cette pratique est connue de traditions fort différentes de la Sibérie en passant par l’Amérique du nord et l’Amérique centrale jusqu’à des pays d’Afrique ou du moyen orient. Il existe comme dans toute pratique chamanique une adaptation culturelle et géographique. La hutte de Sibérie est un petit tipi fait de perches, d’écorces aplaties, de mousses alors que la hutte amérindienne est hémisphérique et recouverte pour la cérémonie de peaux ou de couvertures. En Amérique centrale cela peut-être une hutte faite de pierres sèches ou un bain de vapeur dans une maison.

De cette médecine est née la pratique du sauna dans les pays scandinaves et dans la zone d’influence russe.

La Tradition Sioux Lakota, nous offre avec la cérémonie de l’INITIPI ; c’est-à-dire le rituel de purification par le souffle du Grand-père, la forme la plus élaborée de cette médecine.
La structure, l’orientation, la disposition des éléments et le déroulement du rituel constituent une synthèse de la cosmogonie et de la mythologie amérindienne.
Là où l’ignorant ne verra qu’une vague hutte de branchages s’exprime en fait la plus haute forme de sacralité. Cette cérémonie, nous permet outre la purification de nous rapprocher voire de rencontrer le grand mystère de l’esprit et de la vie.

De nombreuses personnes comparent ces cérémonies au sauna. Cette manière de voir est bien représentative de notre société qui s’est si bien séparé de la nature, du monde et du spirituel qu’elle ne peut percevoir que le niveau matériel et parcellaire des choses.

L’étuve sacrée est en réalité un extraordinaire outil de purification, mais c’est bien plus que cela.

Sur un plan matériel, l’étuve est une médecine ; elle permet au corps de se libérer de ces toxines, d’améliorer la circulation sanguine et la respiration interne. Elle soulage les organes et nettoie la peau en profondeur. Il s’agit d’une action régénérative générale d’où cette sensation de légèreté et de retrouver de nouvelles forces.

L’étuve sacrée, était utilisée pour une démarche plus pratique encore. Les chasseurs notamment amérindiens passaient par la hutte à sudation pour avoir une meilleure chance à la chasse et se débarrasser des odeurs corporelles humaines afin de ne pas être senti par le gibier.

Au niveau social, l’étuve sacrée est utilisée dès qu’une personne a un problème, ou que le groupe social est perturbé.
Le fait de vivre un rituel communautaire de purification est un excellent moyen de dissoudre les tensions sociales.
Le rituel en lui-même offre à l’individu la possibilité de se mettre en accord avec les forces naturelles et spirituelles. Il pose et met en mouvement les énergies symboliques au travers du support mythologique que partage la communauté.
Les Européens d’aujourd’hui sont gravement coupés de leurs racines véritables et sont dans une confusion mythologique propice aux dérives sectaires, matérialistes, en bref à la perte de leur âme individuelle et collective.

À ce titre, l’expérience de l’étuve sacrée est une formidable opportunité de se relier aux énergies élémentaires : eau, air, feu, terre.
À partir de là, la reliance au sacré devient possible. Il arrive aux cours de ces cérémonies de vivre une expérience de « ravissement », d’être transporté dans un état de béatitude profonde, une expérience de transcendance qui bouleverse. C’est l’occasion d’être inspiré, d’avoir une vision.

Mais, on le comprendra aisément, l’étuve sacrée offre un espace de guérison tout d’abord par son action de nettoyage de l’organisme, du corps dans son ensemble. Les « médecines « présentes dans l’étuve revêtent une grande importance. Pour cette raison, l’homme ou la femme-médecine qui dirige la cérémonie doit accorder une importance capitale à chaque élément présent dans la hutte sous peine au mieux de déconvenues, au pire de dangers.

Il faut bien comprendre que la hutte à sudation met en œuvre, met en mouvement, c’est-à-dire qu’elle catalyse ce qui est présent dans la hutte que ce soit des éléments physiques ou des éléments psychiques ou subtils.

Tout ceci met en lumière l’importance de la personne qui conduit la cérémonie :d’elle va dépendre la qualité de l’expérience. On ne peut s’improviser homme ou femme-médecine, cela requiert de réelles et solides compétences.

Le plus difficile est la saine perception du monde magique et du monde spirituel.
L’étuve sacrée permet d’être libéré ou protégé des actes magiques de basse sorcellerie et/ou de malveillance. Le rituel nous renforce face à des masses d’énergie générée par des états émotionnels négatifs. La peste émotionnelle est d’une force trop souvent sous-estimée.

Le fait de se relier au sacré, d’être en prise directe avec le spirituel crée un canal énergétique. Cette relation directe entre la terre et le ciel en traversant l’homme conduit une force équilibrante. Si l’on permet à cette force de circuler, si on l’accueille, nous sommes purifiés, corps, âme et esprit. L’objectif de la cérémonie de l’étuve sacrée est alors atteint.

L’étuve sacrée Nordique

J’ai la charge de conduire les cérémonies INIPI (initipi) et l’étuve sacrée selon la Tradition Nordique.
Le rituel de l’étuve sacrée Nordique est plus simple dans l’apparence. Cela se fait soit dans une petite pièce d’une maison aménagée à cet effet ou dans une hutte construite sur le principe du tipi mais en réduction.
Il nous faut en effet un espace réduit et clos pour réaliser d’une façon optimale le bain de vapeur. Selon le rituel nordique les pierres sont entrées en une seule fois, ce qui n’interdit pas de renouveler l’opération. Les personnes entrent en se serrant les unes contre les autres, soit nues soit dans un vêtement léger de coton. En dernier entrent le chaman et le gardien de la porte. Celui-ci est notamment chargé d’entrer l’eau préparée par le chaman, la louche, et le faisceau de ramilles de bouleau. Cette eau contient la « médecine » choisie par le chaman selon les besoins et les circonstances de la cérémonie. Le plus souvent, c’est un des deux liquides sacrificiels de la tradition Nordique.
Une fois que tout le monde est en place, que tout est en ordre, que la porte est fermée, vient le moment où je (chaman) dois déclamer le Runar de l’étuve sacré.

Le Runar est un chant très long et complexe comprenant les paroles d’origine, les paroles de guérison, les paroles contre la sorcellerie, les paroles de sagesse, les paroles spirituelles.
Le Runar de l’étuve est structuré d’une manière sacré, profonde. Il est important de le respecter, car, il est une force puissante pour conduire la cérémonie et en retirer tous les bénéfices.

C’est un chant sacré !

Lorsque la vapeur s’élève, nous enveloppe et que la médecine nous pique pendant quelques instants, nous sommes transportés par ce souffle vers la profondeur de nous-même. Ce souffle chaud, voire brûlant représente bien la force capable de nous permettre de nous transcender. Le rituel ouvre des portes, toutes les portes.

La force des habitudes, les attitudes mentales et l’influence culturelle nous enferme dans des limitations. Lorsque nous sommes enveloppés par cette vapeur sacrée, c’est le moment de s’ouvrir, de l’accueillir. Alors notre âme peut se libérer, s’exprimer et nous apporter l’inspiration pour changer, améliorer notre vie.

Je ne vais pas décrire ce qui se passe dans la hutte par respect pour le sacré de la cérémonie et de ce que vit chacun dans son expérience. Chaque cérémonie est une expérience nouvelle et différente, c’est sa force et sa beauté.

Le rituel de la hutte à sudation est un grand mystère qu’il convient d’aborder avec beaucoup d’humilité, de sincérité et d’ouverture du cœur ; alors de grandes choses peuvent s’offrir à vous.

L’étuve sacrée est une cérémonie de purification. Je le répète, il n’est pas bon de la réduire à un bain de vapeur.

Au cours de la cérémonie et surtout dans les jours et semaines qui suivent, il est fréquent d’observer des guérisons physiques et/ou psychiques, des changements dans les vies personnelles voire des bouleversements, des décisions importantes sont prises. Des situations bloquées depuis longtemps trouvent soudainement une issue. Ce ne sont là que quelques exemples, la puissance spirituelle étant d’une grande créativité.

C’est une réelle chance d’avoir l’opportunité de vivre une telle expérience.

La divination par l’étuve sacrée

Il s’agit d’une très ancienne pratique dans laquelle l’on peut reconnaître l’influence des Sames.

Lorsque l’on a une question précise, on s’adosse à la hutte après la séance de purification. On pose sa question ; si la réponse est non, on ressent alors une sensation de pointe qui s’enfonce dans le corps ou bien encore des secousses vibratoires peu agréables, par contre si la réponse est positive on ressent une légère piqûre comme lorsque un brin de branche ou d’herbe dure nous rentre dans la chair, on ressent également comme des fourmillements.