Du phare au totem

Quand les artistes cherchent la lumière dans ce siècle de ténèbres.
Qu’allons nous faire du troisième millénaire ? C’est face à cette question que nombre d’artistes actuels explorent, interrogent la matière, l’esprit, l’espace, le temps au travers de leurs multiples expressions.
L’état des lieux et connu : L’ultralibéralisme réduit le monde terrestre à feu et à sang, génère l’obscurantisme, la corruption, le mensonge organisé, la misère morale, symbolique, humaine.
La misère des droits, de la pensée, de la conscience.

L’ultralibéralisme est une combinaison intellectuelle d’idéologie religieuse et d’idéologie nazie. Un simple regard sur les fondements de cette idéologie totalitaire suffit à s’en rendre compte. Ayant retenu les leçons de l’histoire, ces vampires avancent masqués. Ils se parent de toutes les vertus et annoncent suavement le bonheur de l’humanité.

Les libéraux essaient d’instaurer un nouvel ordre mondial. Le terme nouvel ordre mondial est un thème récurent du nazisme et des groupuscules d’extrême droite. Ils utilisent tous les thèmes du nazisme et de la religion pour maîtriser la population. On retrouve bien d’autres thèmes du nazisme dans l’économie libérale. Celui de l’être supérieur, ici le haut financier, l’investisseur est différencié du simple individu considéré comme un incapable, un médiocre qui ne mérite que le mépris. Les plus pauvres devant tout simplement  être éliminés. Le monde libéral se réduit à la dualité producteur/consommateur. Le terme de producteur désignant ici, le producteur de richesses. Comme il est dit dans leurs ouvrages de pseudo sciences économiques : le citoyen doit être réduit à la fonction de consommateur mouton.

Donc, il n’est pas question que le citoyen ait des désirs, des besoins, des rêves, des pensées, pire encore une conscience. Par exemple, il doit acheter le dernier CD d’une chanteuse clonée, déposé par palettes entières au supermarché. Il n’a pas à décider, on décide, rêve, pense à sa place. Car nous sommes dans le monde de la pensée unique, toute tentative de sortir de la pensée formatée est considérée comme un acte hérétique et conduit à la déchéance économique. Les journalistes ou les intellectuels doivent relayer l’idéologie dominante sous peine de mise à l’index.

De même la déportation est transformée par la puissance du politiquement correct en mobilité des travailleurs. L’ultralibéralisme conduit tout naturellement au terrorisme économique, social et humain. C’est ainsi que les politiques de chaque pays, soucieux de préserver leur carrière ce sont mis aux ordres des ultralibéraux. Pour satisfaire les exigences de la haute finance, chaque pays met en place une politique d’état policier, le projet étant d’arriver à réduire les citoyens à l’état de robot. Et ce n’est malheureusement pas une image.

N’oublions pas que le grand père de Georges W Bush était un des banquiers du troisième reich. Un Eugénisme médical est mis en place d’une manière douce et feutrée avec le concours de la communauté scientifique. Parce que la particularité de l’ultralibéralisme est de fonctionner comme un système religieux promettant une vie meilleure, mais plus tard et ailleurs et seulement pour le personnes qui sont « bonnes ».

Mise en place d’une structure pyramidale au service exclusif du libéralisme : hommes politiques, chercheurs, vigiles, police privée, etc… croyant s’en sortir en ayant l’illusion d’avoir une part du gâteau.

L’art comme produit de marché et au service de la puissance financière.

À l’instar du nazisme, le libéralisme génère un système de collaboration basé sur la part la plus sombre de l’être humain. Mais le libéralisme ne peut être résumé à son inspiration idéologique qu’est le nazisme, l’on y retrouve également un système de pouvoir extrêmement ancien, le pouvoir religieux, lui aussi non pas au service de l’homme et de son évolution, mais bien de son asservissement. Les systèmes religieux depuis leurs origines ont pour fonction de gérer et dominer la masse humaine au profit d’une nomenklatura ; les outils, sont le dogme, la pensée unique : si tu ne penses pas cela c’est que tu est mauvais, l’angoisse, la peur et la menace d’un châtiment terrible si l’on est pas sage et obéissant. La peur affaiblit l’homme, elle ne le grandit pas.

L’ultralibéralisme est un véritable cancer généralisé pour notre civilisation.                          Si nous ne réagissons pas, c’est la fin de l’homme.

Aussi est-il presque naturel de constater que des artistes participent à cet art du marché. Alors qu’en France la loi dite du 1% devait aider les artistes notamment sculpteurs à exister, elle est peu ou pas appliquée. Et l’on voit dans les conseils régionaux, une main mise corruptive de l’état sur l’art. Bon nombre, de conseils régionaux fonctionnent avec un artiste les autres n’ayant pas accès à cette opportunité. Nous nous trouvons donc avec un artiste officiel comme au temps du soviétisme matérialiste.

L’art ne remplit plus son rôle d’interpellation et d’interrogation sur la vie, l’être et le politique dans le sens noble du terme ; ou du moins c’est ce que l’on veut nous faire croire. Cela est d’ailleurs valable pour toute entreprise créative ou intellectuelle. Il ne nourrit plus la société de substance vitalisante. L’oeuvre d’art et devenue objet de marché, c’est tout. Où être condamnée au silence, comme on a su faire taire les intellectuels. Il arrive même souvent que l’art devienne caricature de lui même.

Ce qui est rassurant est de savoir que le libéralisme n’a contrairement à sa croyance aucun pouvoir sur la nature, c’est elle qui aura le dernier mot.
D’autre part, ce système idéologique contient en lui-même le germe de sa propre destruction.

Il est, de par sa nature, morbide, y compris pour lui-même. Rappelez-vous de l’histoire du crapaud qui par orgueil se gonfle, se gonfle, tout comme le libéralisme se nourrit de richesses, jusqu’à exploser.

Observateur anonyme de ce monde déboussolé, j’ai remarqué depuis quelques années l’apparition dans l’univers des artistes (même y compris dans le domaine de l’artisanat d’art), d’une expression singulière. Que ce soit d’une manière ponctuelle ou plus approfondie est apparue une image : celle du totem. Tout d’abord, un petit signe par ici, par là, comme timide.

Apparition isolée, discrète comme insignifiante, en somme des éclaireurs. Puis j’ai vu ses signes se multiplier, mais toujours de manière à ne pas déranger tout en structurant une toile archétypale dans l’expression artistique.
D’abord interrogatif sur la chose, j’y ai peu à peu discerné quelque chose qui n’est pas de l’ordre d’une mode mais un acte gratuit et pur. L’émergence de cette image fait partie de ces singularités annonciatrices de quelque chose à naître. Une de ces singularités qui apparaissent sans faire de bruit, sans déranger comme une insignifiance. De ces choses discrètes qui font que la vie tout d’un coup bascule sans qu’on en prenne conscience. Comme ce détail paradoxal dans un rêve qui nous rappelle que nous rêvons et que nous ne sommes pas dans la réalité. L’être humain et en particulier l’homo modernicus possède une particulière perte des sens comme des repères.

Surtout, il ne veut ni voir, ni entendre de ce qui peut le déranger. Les anciens ont puisé dans la source lumineuse, la lanterne, le phare, un moyen de sonder les ténèbres, peut être qu’aujourd’hui l’être humain a-t-il besoin d’un outil pour émerger du monde des ténèbres et accéder à la lumière. Le totem est-il devenu son échelle ?

L’art totem et le renouveau du chamanisme

Phénomène connexe, le chamanisme connaît un renouveau tant dans les anciens pays du bloc communiste que dans les pays soumis au joug du libéralisme. Il ne s’agit pas d’une religiosité maladive ou d’un mysticisme facile ou même d’une mode, mais d’un mouvement d’autant plus profond qu’il est agi pas des individus qui se lèvent pour dire : cette vie que l’on nous impose n’est pas bonne pour l’homme !

Quel est le sens du totem dans l’expression contemporaine ?

La référence au totem nous renvoie à quelque chose de primitif dans l’être, mais aussi à une reliance au passé, aux anciens, aux civilisateurs, à la cohésion d’un groupe, d’une communauté et dans les valeurs de ce qui peut faire de nous un être humain véritable. Il y a là incontestablement une part de nostalgie (la perte d’un âge d’or), mais celle-ci ne peut nous masquer l’essentiel. Ce retour au passé est aussi une recherche d’une réponse. Nos anciens, pour survivre ont dû et ont su trouver des réponses. Inconsciemment, c’est un enseignement précieux.
D’autre part, la critique et le rejet de notre société libérale actuelle s’amplifie de jour en jour, malgré et surtout parce que la parole est niée. Le totem se dresse comme négation d’un monde jugé par beaucoup comme inhumain.
Dans les sociétés traditionnelles, le totem est en général révélé lors d’une vision. Végétal ou animal, il est un protecteur à l’instar des ancêtres. Nous avons le véritable sens du mot totem (qui est un terme Algonquin). Totem signifie esprit gardien, puissance tutélaire appartenant à un homme. Sa valeur est purement individuelle, ni héréditaire, ni généalogique, si sociale, tribale, clanique.

Le totémisme qui nous rapproche de notre sujet est l’expression sociale, dans le sens ou le groupe devient une entité et aurait besoin d’un esprit tutélaire, d’une esprit gardien.

Mais pourquoi le totem alors que bien d’autres symboles sont offerts ?
Le totem se dresse, il s’appuie sur la terre pour s’élancer vers le ciel. Il « regarde » dans toutes directions. S’il est représentatif des morts, il les relie, les intègre aux vivants, il est symbole d’union voire de communion entre les êtres. Contrairement aux cathédrales et autres monuments égyptiens, il n’écrase pas l’individu. Le totem est à la mesure de l’homme. Mais plus encore à l’instar de ce qui se passe dans les société traditionnelles, l’intégration du totem que ce soit par l’intermédiaire du chamanisme ou de l’art, élève l’individu au rang d’être humain.

Dans les expressions artistiques totémiques s’expriment la négation de ce monde mortifère et une profonde aspiration à la vie, la joie, la liberté. Un élan vers une spiritualité personnelle vivante et joyeuse. Ces totems s’élancent à travers le monde et l’espace comme un appel vers un autre monde, un élan vital vers la beauté, la lumière, les couleurs, vers une fête cosmique.
C’est l’image de l’être humain libéré des pouvoirs politico-financier-religieux pouvant enfin exalter la vie.

L’art totem s’il est bien sûr dans sa forme une expression personnelle et dans le fond l’expression collective d’une vision sociétale. Cet art décrit les besoins réels de l’être et non ceux que l’on veut lui imposer (et en plus en le faisant payer cher).

L’expression totémique contemporaine, rappelle à ceux qui voudraient l’oublier que l’art est visionnaire, révélateur, civilisateur. Mais, c’est sûrement aussi pour cela que l’on veut faire taire (économiquement) les artistes. Cette expression totémique est comme une résistance à l’individualisme égoïste, à la dissolution des rapports sociaux et au refus actuel de l’utopie. Le totem dans l’expression artistique introduit un élan d’appartenance ; un désir d’appartenance à une société plus humaine, plus conviviale, avec des valeurs poétiques. Cette appartenance d’ailleurs peut naître d’un choix, c’est l’adoption d’un choix de vie, d’un choix de société, d’un choix de valeurs. Désir d’une société productrice de vie, à l’opposé de notre société mortifère. En ce sens l’art totémique est une pulsion de l’Eros, une force naturelle vers la régénération, l’espoir d’une nouvelle vie, d’un nouvel âge d’or pour l’humanité.
Je connais suffisamment le psychisme pour savoir, que les forces les plus puissantes ne sont pas les plus apparentes, mais les plus profondes. L’expression totémique nous parle de la profondeur de l’être et de ses aspirations. Parions que l’avenir en sera l’expression.