Introduction à la transe

Il est difficile d’évoquer cette pratique chamanique Nordique qui est de l’ordre de l’intime mais pourtant réalisée dans une intention sociale. C’est dans ce registre que se déploient toute la science et la force morale du chaman. J’espère que chacun comprendra qu’il faille une sacrée dose de caractère pour se livrer au voyage de l’âme devant un public pas toujours compréhensif et sécurisant.

Le chamanisme est unique dans sa structure fondamentale, mais par son étonnante faculté d’adaptation, il trouve de multiples formes d’expression. La transe chamanique fera de même et va s’exprimer différemment selon le contexte, le chaman et l’environnement social. Rappelons le rôle du chaman : intercesseur entre les hommes et l’autre monde, il est l’instrument de la cohésion et de la survie de la communauté sociale à laquelle il appartient. À ce titre, il cumule plusieurs fonctions : prêtre, devin, psychologue, thérapeute, sage, artiste. Il en résulte un vécu solitaire au service des autres.

Si la fonction du chaman est d’être globalisant ou holistique selon la terminologie actuelle, il existe cependant une spécialisation chez les chamans. Cette spécialisation dépend en premier lieu de deux directions d’énergie différentes. Je m’explique, certains chamans décident par une sorte de vocation personnelle de devenir chaman. Ce ne sont pas les meilleurs, mais peuvent avoir un impact sur leur communauté non négligeable. Les autres, n’ont pas décidé d’être chaman, mais le sont devenus parce que les esprits les ont choisi ; il est évident que ceux-ci sont d’une plus grande profondeur. Ceci n’est pas un jugement de valeur. Par mon expérience personnelle, je sais combien il est difficile de répondre aux injonctions des esprits et de suivre un destin que l’on n’a pas choisi.

Le moi, la personne se révolte, révolte bien inutile, voire dérisoire face aux destins des puissances. Mais, le chaman est alors investi d’un pouvoir d’autant plus puissant, qu’il est l’expression de l’univers.

D’autre part, il est fréquent de séparer les chamans en chamans blancs et en chamans noirs. Selon les repères des hommes, les uns seraient bons et les autres mauvais. Il faut y voir là, l’influence des religions propres à moraliser les foules humaines pour mieux les contrôler. Il est cependant réel, que certains chamans peu au fait des réalités spirituelles, utilisent leur puissance au service de désirs humains inavouables. Mais ce n’est pas plus négatif que le comportement des religieux au service permanent d’un pouvoir temporel. En fait, se sont des chamans peu qualifiés ou de bons chamans écoeurés par le comportement humain. Dans les anciens temps, le chaman noir était reconnu par son tambour, le tambour bigarré : à l’intérieur du tambour, si on avait l’occasion de le voir, était peint de taches rouge est noires. C’était le signe de ce que nous pourrons appeler de nos jours, un sorcier.

Évidemment, la pratique, l’expérience, la connaissance chamanique est un chemin, long, personnel, inconstant. De plus, les pouvoirs ne sont jamais acquis.

Mais, il existe une séparation moins connue, mais beaucoup plus profonde, plus subtile et je dirais plus terrible. En réalité, les humains vont vers les chamans d’une manière purement égoïste, au profit de besoins personnels. Donc il leur faut des pouvoirs à leur service. Les chamans peu aguerris, les chamans plus avancés mais encore liés par les effroyables exigences humaines participent de cet univers. On attend d’eux, de la magie, du miracle, de l’illusion pour leur propre chemin personnel, ces chamans répondent à cette demande. Il en est ainsi sur le long et difficile parcours de l’évolution.

L’autre catégorie (si je puis dire) de chamans, est celle des chamans spirituels. Ses chamans-là, sont évidemment les plus méconnus, les plus ignorés, les plus actifs de notre société actuelle. Libérés des chaînes de la condition humaine (sociale, personnelle, philosophique), leur pouvoir et d’autant plus grand qu’ils sont libérés de la valeur du pouvoir, de la reconnaissance sociale et religieuse. Cela signifie concrètement que leur action est plus subtile, plus invisible et de fait plus incompréhensible du commun des mortels. D’autant que leur action ne se situe pas simplement au niveau d’une incarnation humaine mais bien au-delà. Ce sont des chamans qui étaient des chamans puissants mais qui un jour vivent une expérience ultime de transcendance. Ils perdent alors leurs pouvoirs ou plutôt la forme extérieure des pouvoirs, celle qui fascine tant, pour accéder à un niveau de conscience ou tout cela n’a plus d’importance.

Alors que de nos jours, la plupart de nos concitoyens courent vers des thérapeutes, des sages » de l’Inde, le bouddhisme, des psychologues, la présence des chamans spirituels passe totalement inaperçue.

Tout ceci influe directement sur la transe chamanique. Il est vraiment exceptionnel que l’état de transe chamanique débouche sur un état de possession. En effet, un bon chaman conduit sa transe, conduit son voyage, car cela est trop dangereux. Il est impératif d’être lucide dans l’expérience. D’autant que la sagesse chamanique s’appuie sur deux axes importants :

Expérimente et du sauras !

Un chaman ne croît pas , il sait !

(Ne pas croire mais savoir, connaître par l’expérience véritable.)