La quête de vision nordique

Curieusement, c’est en vivant une initiation chez les indiens Schuar d’Amazonie (plus connu sous le nom de Jivaros) que j’ai réalisé pleinement la quête de vision Nordique.
Le nom de Jivaros a été donné aux Schuar lors des conquêtes des Amériques par les espagnols, aussi tiennent-ils à ce qu’on les appelle par leur vrai nom : Schuar.

Au début de cette quête de vision, j’avais fait le Natemamu. Il s’agit là de diéter le natem ou liane des morts, ou appelée encore liane de l’âme. Il faut boire sans s’arrêter des bols entiers de décoction de cette liane, ceux qui connaissent comprendront l’horreur de la chose. Il faut boire cette médecine ainsi que du jus de tabac pendant quatre jours et ce malgré les révoltes du corps, jusqu’à sombrer dans l’inconscience. Après cette expérience, je fus mis en situation d’isolement et continuai mon jeûne.

Je ne sais à quel moment, alors que j’étais dans un contexte tout autre, je fus habité par la vision de l’arbre Yggdrasil.
J’étais là avec les peintures médecines tracées sur mon visage et mon collier d’Itzé pour que la médecine de l’anaconda m’accompagne. Je ne sais si c’est la conjugaison de la faim, de la soif, de la chaleur étouffante et du natem, mais je voyais cette image immense de l’arbre Yggdrasil. Il était là, s’imposant majestueusement à mon esprit. Je sentais son incroyable puissance, je voyais l’eau ruisseler sur ses feuilles et un brouillard givrant, circuler autour de lui. Image rafraîchissante, vous en conviendrez.
Cette vision ne me quitta pas de deux jours et deux nuits. Au début, je ne comprenais pas cette vision, alors je l’accueillis. Je m’ouvris pour l’écouter. Mon esprit alors perçut le message. Yggdrasil me montra l’enseignement de la quête de vision Nordique et comment elle devait être faîte. Je fus stupéfait, je connaissais la méthode, je l’avais vécu, j’en avais le savoir, mais là en plein rituel Schuar , Yggdrasil m’enseigna la connaissance de la quête de vision Nordique.

La quête de vision Nordique est forcément en relation avec l’arbre, symbole chamanique par excellence. Le Nord de l’Europe vénéra beaucoup et avec justesse les arbres.
Elle se fait sous la forme d’une pendaison sous un arbre sacré et autour duquel est dressé comme bien souvent dans la tradition Nordique un enclos sacré. Le quêteur est accroché par les pieds à une branche haute mais pas trop et ce de façon à ne pas provoquer d’accident cardiaque ou neurocirculatoire. Le fait d’être pendu la tête en bas évoque le symbolisme de l’arbre renversé et la capacité du chaman d’aller dans le monde d’en bas comme dans le monde d’en haut, c’est aussi une référence à Odhinn qui se pendit ainsi pendant neufs nuits et neuf jours.

« Je sais que je pendis
À l’arbre battu des vents
Neuf nuits pleines
Sacrifié à Odin
Moi-même à moi-même donné
À cet arbre
Dont nul ne sait
D’où proviennent les racines

Point de pain de ma remirent
Ni de coupe
Je scrutais en dessous
Je ramassais les runes
Hurlant les ramassais
Puis retombais

Neuf chants suprêmes
J’appris du fils renommé
De bolporn, père de Bestla
Et je pus boire
Du précieux hydromel
Puisé dans Odrerrir

Alors je me mis à germer
Et à savoir
À croître et à prospecter
De parole à parole
La parole me menait
D’acte en acte
L’acte me menait. »
Grimnismal ; HAVAMAL V

Dans la pratique du chamanisme, il est des notions de numérologie. Mais une numérologie vivante contrairement à ce que les ésotéristes pratiquent.

Par exemple, les quatre directions; et donc la numérologie à base de quatre chez les Sioux Lakotas chez qui tout ce fait par quatre. Mais l’homme-médecine a tout loisir sur cette trame d’évaluer et de décider ce qui a lieu d’être.

Dans cette quête de vison, nous voyons Odhinn lutter pendant neuf jours et neuf nuits. Dans le monde Nordique, ce chiffre évoque d’une part les neuf mondes au travers desquels le dieu Odhinn voyage. Mais aussi, la lutte entre le temporel et le spirituel, c’est-à-dire entre ce que Odhinn recherche en tant qu’individu et son aspiration vers le spirituel.

En quoi fait étrangement écho le grand homme-médecine amérindien Black Elk ( Elan Noir )

« Tandis que je me tenais là
je vis plus de choses que je ne puis raconter,
Et je compris plus que je ne vis.
Car je voyais les formes véritables de toute choses,
L’esprit de toutes choses
Et la forme de toutes les formes
Et la forme de toutes les formes
Vivant ensemble comme un seul être. »

La quête de vision est un acte grave qui doit être sous-tendu par une intention claire dans l’âme. Il faut garder à l’esprit, l’expérience profonde que cela provoque.

Cela revient à être face à soi-même; la rencontre n’est pas toujours des plus agréables, mais elle est favorable à toute personne sur le chemin, ayant le désir sincère d’aller vers son mystère et le mystère du monde.  Alors, il sera beaucoup donné.