L’arbre cosmique

Il est tant maintenant de rencontrer Yggdrasil le symbole central de la mythologie Nordique. Yddrasil, est considéré dans la tradition soit comme un frêne soit comme un if. L’if est le symbole d’immortalité, de la vie qui renaît, de cette vitalité qui trouve toujours des ressources alors que tout s’est éteint, que tout est terminé. L’if, représente aussi le ragnarok. Ce que l’on nomme le destin des puissances. Une sorte de fin du monde dantesque où les dieux s’entretuent. Un moment où toutes les portes sont ouvertes. Alors c’est le terrible choc entre le bien et le mal. La terre est déchirée, submergée par un déluge de feu. La terre tremble et s’entrouvre, puis c’est un déluge d’eau après le passage de maladies toutes plus terrible les unes que les autres. C’est une époque de décadence des mœurs, tout est pollué. Après la fin du monde, un autre monde émergera, plus beau, plus harmonieux et apparaîtra le dieu Balder : le beau, le lumineux.

On dit aussi qu’yggdrasil est un frêne élevé. Effectivement, le frêne était en Scandinavie un arbre sacrificiel auquel était pendu différentes sortes d’animaux et des être humains.

Maints spécialistes discutent doctement de la nature de l’arbre yggdrasil en perdant de vue son aspect symbolique.

En effet, yggdrasil est le mythe central de la tradition Nordique et en ce sens contient et représente tous les arbres.

Nous avons là une densification de l’arbre du chaman.

Pour un shaman, l’arbre représente la colonne vertébrale, l’axe cosmique. Il est une représentation à la fois de la montagne mythique et cosmique qu’une représentation du cheval et de l’échelle.

En Sibérie, Europe centrale, Europe du nord et dans toute l’Europe, comme dans bien d’autres tradition l’arbre est essentiel. Rappelons la vision de l’arbre en tant qu’ancêtre originel de l’homme. Il en est de même dans la tradition nordique puisque l’homme et la femme seraient nés d’un morceau de bois trouvés par odin au bord d’une plage : un morceau d’orme pour l’homme, un morceau de vigne pour la femme.

Pour le chaman, l’arbre représente parfaitement la relation entre les mondes : monde aérien, monde souterrain, monde terrestre, monde céleste, monde divin. Bien que le nombre de mondes change selon les traditions, il se répartit globalement en :

- Monde souterrain, monde obscur et/ou monde des morts
- Monde terrestre c’est-à-dire notre monde
- Monde céleste dans lequel résident les dieux et les esprits

A cet égard, l’arbre possède également une similitude avec l’arc-en-ciel. L’arbre chamanique est un support plutôt un pont entre notre monde et les autres mondes. Ceci est conforté par le fait que lors des cérémonies chamaniques, un cheval était attaché à l’arbre. Le sommet de l’arbre pointe vers l’étoile polaire, la porte céleste. L’Ascension de l’arbre est d’une représentation de l’Ascension céleste.

Dans l’univers chamanique l’arbre à bien d’autres fonctions.

Il est un moyen divinatoire, plusieurs procédés et modes divinatoires sont liés à la nature de l’arbre.

L’arbre fournit le bois du tambour chamanique, instrument essentiel à l’art chamanique.

Sa sève, ses feuilles, ses écorces servent à des médications chamaniques.

Mais l’arbre chamanique par excellente est le bouleau, qualifié d’arbre de la lumière.

Le bouleau sert de tombe pour les restes du chaman qui sont encastrés dans une cache taillée dans le tronc. Le chaman possède une relation spécifique avec « son » arbre à tel point que si l’arbre meurt, le chaman meurt.

Dans l’univers Nord Européen, l’arbre dispose d’une place centrale, cela va de sa présence quotidienne comme dans les rites les plus sacrés. La vie des Nordiques s’installe dans les plus larges clairières. De l’arbre on extrait de la sève pour faire une sorte de bière, ou pour faire un vin ou un champagne notamment du bouleau. On en extrait du sucre. Des baies, on se nourrit tout comme d’ailleurs de l’intérieur de l’écorce râpée finement, elle est mélangée à la farine pour faire du pain. De l’écorce, des fruits, des feuilles, de la sève, des bourgeons, on obtient de multiples remèdes. Des branches (bouleau, cerisier, pommier, etc. ;), on fait des torches. De même, par extraction, on produit une sorte de goudron très efficace pour les moyeux des roues, pour les tonneaux et les bateaux. A partir du bois, on obtient des maisons, des bateaux, des armes, des outils, du feu, de la chaleur pour l’hiver, des instruments de pouvoir, de possession, de guérison. De l’arbre vient la vient en tant qu’ancêtre originel, comme premier homme, comme première femme. Il est la figure même du don, de la générosité non comptée et du renouvellement constant de la vie. L’arbre est aux Nord Européens, ce que le bison est aux amérindiens des plaines. Pas de surprise donc, de le voir trôner au centre de la vie sociale, cultuelle et spirituelle des anciens scandinaves.