Le Cercle chaman ou les quatre âges du chaman

Le chaman intercesseur des humains dans leurs rapports avec l’autre monde en incarne la structure selon le principe : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et inversement. C’est en pleine lucidité que la nature du chaman l’amène à en vivre le dynamisme. Si la vie terrestre d’un chaman n’est pas chose facile, le rapport des humains avec le chaman l’est encore moins. Ce rapport est conditionné d’une part par le contexte géographique et culturel, d’autre part la singularité chamaniste de cette société.

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, les gens ont une perception assez juste du chaman, de sa fonction et de tout ce que cela implique. C’est pourquoi dans nombre de sociétés chamanistes, le commun des mortels est à même de faire la différence entre un chaman débutant, un chaman aguerri, un excellent chaman ou un mauvais chaman, Mettant les choses à leur juste place, pour autant ces personnes auront du respect même pour un chaman incapable, parce qu’ils savent pertinemment que ce chemin est difficile . Dans les sociétés industrialisées vivant uniquement sur un mode de prédation et de compétitivité , cette connaissance de base à disparue.

Il apparaît sur un mode de survie de la civilisation un retour aux valeurs chamanistes, mais sans prendre le « risque » de les vivres. C’est pourquoi un certain nombre d’aigrefins surfent sur la vague pour des motifs soit de reconnaissance personnelle soit de créneau commercial. De ce fait, il est difficile pour le commun des mortels de savoir qui est qui et qui fait quoi. En tant que chaman au travers du présent texte, je voudrais donner quelques repères à chacun afin de disposer d’éléments de compréhension. Mon but n’est pas de dire qui est bon ou qui est mauvais, car tout est relatif, mais donner des éléments de compréhension. Peut importe qu’une personne vienne vers moi ou vers quelqu’un d’autre, l’important c’est quelle trouve la personne qui lui convient.

Tout d’abord, il me faut parler de la médecine du cercle, c’est vraiment la base concrète du chamanisme. Vous allez dire, mais je sais ce que c’est un cercle ! Mais dans le chamanisme, c’est la structure de base de l’organisation du monde, de la pensée, du mouvement. Si les yourtes, les tepees, les cases, les cérémonies se font en cercle, ce n’est pas par une fantaisie de l’esprit, par un dogme rigide ou fermé. Non, c’est par une compréhension profonde de la médecine du cercle. Pour comprendre les cérémonies chamanistes, il faut comprendre la médecine du cercle. C’est d’ailleurs une médecine qu’il faut expliquer aux occidentaux, tellement ils ont été, pour des questions de pouvoir, coupés de la Vie.

Le fondement même du chamanisme se trouve dans le cercle parce que le cercle est une représentation de l’univers : la terre est ronde, les planètes sont rondes, les habitats nomades sont rond, les nids des oiseaux sont ronds, etc …etc….

Notre société est basée sur le triangle et la pyramide pour les trois dimensions. L’image est claire : en haut une personne, et plus l’on descend, plus le nombre de personnes est grand. Évidemment à la base , une masse qui est écrasée par le haut, cela donne le monde dans lequel nous vivons et dont de plus en plus de personnes ne veulent plus.

Quand au cercle, de par lui même il engendre un équilibre des forces, une répartition, un partage. Dans le cercle chaque composante a sa particularité propre et la transfère dans le cercle où elle circule. Autrement dit lorsque l’on forme un cercle de personnes, chacune est unique, voire occupe une fonction. Mais cette situation , n’existe pas au détriment des autres, bien au contraire. Sur un plan chamaniste, le cercle n’est pas une structure fermée, mais une structure « respirante »c ‘est à dire qu’à chaque instant chacun peut entrer ou sortir du cercle selon sa convenance personnelle. De plus le cercle est orienté selon les quatre points cardinaux. Chacun de ces points est une « porte ». Cela signifie que l’on peut entrer dans le cercle par une porte ou par une autre, que l’on peut circuler par les axes des points cardinaux, sortir par une porte, enter par une autre, selon ses choix ou possibilités personnelles. Ceci offre de nombreuses combinaisons que chacun peut articuler selon ses propres besoins.

La position des quatre points cardinaux, donc des quatre directions, découpe le cercle en quatre quadrants. Chacun de ces quadrant donne à un quart du cercle une valeur, une énergie, une qualité particulière donc un type d’expérience particulière.

Si nous inscrivons dans le cercle une existence humaine, celle-ci est découpée en quatre temps : l’enfance, l’âge adulte, l’âge mûr, la vieillesse. Évidemment ce cycle d’incarnation débute par la porte de la naissance et se termine par la porte de la mort. À chacune de ces directions est associée une couleur, un animal enseignant, un esprit gardien, une énergie singulière. Ces éléments sont variables en fonction de la culture du groupe d’humains, de leur cosmogonie, de leur mythologie, de leur milieu de vie. Mais le fondement même est universel. Chaque personne qui est dans le cercle occupe sa propre place, le temps nécessaire à son expérience d’évolution. C’est pourquoi si nous avons un jugement défavorable envers une personne, il est bon se rappeler cette réalité. Autrement dit, face à cela souvenons-nous qu’un jour nous avons été comme cela ou qu’un jour nous pourrions être comme cela.

Dans le cercle, les forces se répartissent et s’équilibrent d’elles-mêmes et permettent aux forces de la vie de circuler. Si une personne dans le cercle, guérit, elle évolue et permet à d’autres de recevoir la possibilité également de guérir. Le terme guérison ici à le sens de guérison physique ou émotionnelle ou spirituelle, mais dans tous les cas, c’est de la guérison de l’âme qu’il s’agit.

Ceci explique que depuis des millénaires, les anciens ont matérialisé cette médecine par des cercles de pierres. Que ces pierres soient minuscules ou très grosses, ne change rien à l’affaire. Ce sont des représentations de la médecine du cercle et sont des instruments chamaniques que l’on appelle roues médecines, cercle de sagesse, ou autrement.

Je me suis aperçu que pour les occidentaux, il était difficile de comprendre la nature et les grandes différences entre chamans. Aussi, pour apporter quelque éclairage sur la question, je vais utiliser cette veille sagesse ancestrale qu’est la médecine du cercle.

LES QUATRE ÂGES DU CHAMAN .

N’oublions pas qu’avant tout un chaman est un être humain, sa singularité étant d’avoir une relation particulière avec l’autre monde, la nature, les esprits. Il s’agit là d’un destin personnel dont il devra assumer la charge toute son existence. Il devra mettre sa singularité aux services des humains tout en devant se protéger d’eux.

La nature du chaman sera conditionnée par la porte par laquelle il va entrer. S’il entre dans le cycle d’incarnation, par la porte du Nord, de l’Est, du Sud ou de l’Ouest, ses capacités seront différentes.

Le chaman du Sud
Ses caractéristiques sont les éléments juvéniles : enthousiasme, jeux, créativité, impétuosité, utilisation de tours d’illusionnisme, théâtralisation, rites personnels, spontanéité voire impulsivité. Il doit apprendre l’enseignement et l’expérience des ancêtres, ainsi que l’enseignement de la vie. Met en œuvre des pratiques qu’il n’a pas entièrement intégrées ni maîtrisée. Il peut souvent fonctionner sur un mode affectif voire superficiel. C’est l’apprenti qui se confronte à l’expérience pour apprendre.

Le chaman de l’Ouest
Arrive dans la vie avec une expérience donc une connaissance de la mort ce qui lui donne un recul sur l’expérience de vie de l’être. En général, il se retrouve porteur d’une tradition et dispose donc d’un corpus : mythologie, symbolisme, rites traditionnels. Relié aux anciens de sa tradition et donc de leur connaissance et protection. Homme ou femme solide, il conduit de nombreuses cérémonies de guérison ou des cérémonies spirituelles. Il est capable d’être régulateur et intercesseur pour un groupe humain. Il peut même souvent avoir des responsabilités sociales : défense de la Tradition, de l’Ethnie. Il peut souvent être un guerrier spirituel.

Le chaman de l’ouest peut traverser le cycle de la vie par le chemin noir (les aspects sombres de l’être humain) ou par le chemin rouge ( c’est la voie du cœur).

Le chaman du Nord
C’est l’image même de l’ancien qui a accumulé une longue expérience de vie, une longue expérience intérieure. Ces expériences peuvent également provenir de vies antérieures. L’image du vieux sage à qui l’on peut demander aide et conseil. Ses caractéristiques sont la pondération, l’action juste et nécessaire. Clair parce que détaché des tribulations humaines. Il a un rôle de transmission dans la compassion mais la fermeté. Il peut être chef spirituel ou être au service de sa communauté tout en étant à l’écart de cette même communauté : vénéré et craint tout à la fois.

Le chaman de l’Est
Arrivé dans la vie par la porte de la lumière : il est habité par cette lumière et une reliance particulière au monde spirituel, une communication directe avec le monde d’en haut. Son chemin est conduit par cette perception lumineuse des choses. Il n’est pas tributaire de l’apparence des choses. Son esprit voit bien au-delà : il a des caractéristiques visionnaires, prophétiques, il a accès aux secrets du monde. Il n’a nul besoin d’être porteur d’une tradition, sinon pour communiquer avec les humains qui ont toujours besoin de repères. C’est un éveilleur. Sa manière de chamaniser s’opère d’une manière subtile dénuée d’artifices, de techniques.                                                                                                             Il est le moins compris.                                                                                                                     Le chaman vient à la vie porteur d’un destin qu’il devra assumer. Quelque soit la porte par laquelle il sera entré dans cette vie, il devra l’expérimenter et en intégrer les expériences. Le chaman depuis l’aube de l’humanité remplit une fonction : être l’intercesseur entre ce monde et l’autre monde. Car les humains se sont coupés de la nature , du sacré jusqu’à oublier leur origine cosmique d’où leurs malheurs. Autrement dit le chaman n’apparaît pas formé d’une manière définitive. Il va devoir expérimenter, apprendre, découvrir, progresser tout au long de son existence. Celui qui est chaman incomplet, débutant, hésitant sera peut être plus tard un grand chaman puissant. Il saura très vite qu’en ce domaine, rien n’est jamais acquis, qu’il faut toujours se confronter avec les forces, acquérir une autre âme, des esprits alliés. Son chemin est celui du danger permanent. Il lui faudra très tôt s’affranchir de l’opinion d’autrui.

De par son chemin de vie, le chaman sera polyvalent : médium, guérisseur, sauveur d’âme, visionnaire mais pourra s’exprimer dans une spécialisation : chaman spirituel, chaman guérisseur, etc…

Joan Pinchu sept 2005