Le don

Le mot possède deux sens qui doivent nous faire réfléchir. D’une part le sens d’offrir à autrui d’une manière altruiste quelque chose que l’on a et d’autre part être détenteur d’une capacité à faire ou a être qui nous a été donné par le fée Destin.

La connaissance chamanique nous enseigne cette évidence : nous sommes les enfants de la terre-mère. Celle-ci nous a donné notre corps pour cette existence, elle nous a donné la vie et assure chaque jour nos besoins en nourritures. C’est pourquoi, nous sommes les enfants de la Terre-mère. A ce titre nous sommes les dépositaires, donc les gardiens de la Terre-mère. Pour ce faire, nous avons à être en harmonie avec notre environnement. Nous avons à prendre ce dont nous avons besoin pour notre existence mais pas plus. De plus, il convient de la faire d’une manière respectueuse et sacrée afin de permettre à la vie de se perpétuer. Aussi, est-il absurde pour un chamaniste de vouloir prendre le dessus sur la nature et de vouloir la plier aux désirs pervers de l’homme.

Le Père-ciel quand a lui, nous offre la reliance au ciel et par le souffle de nous lier à l’harmonie de l’espace et à l’esprit. C’est par le souffle que pénètre en nous l’âme qui nous anime, le souffle vital (niya), l’esprit.
Donc au moment de naître, nous avons déjà de nombreux dons. Mais, par l’intermédiaire du souffle, le don de la vie s’exprime par un don particulier, une couleur particulière qui sera la nôtre.
Par exemple, un chaman sera connu par tel ou tel don particulier ou par telle ou telle manière d’être. L’être ordinaire ne verra que cela. En réalité, ce chaman est habité par le pouvoir de sa lignée de chaman, et ses capacités personnelles ne sont que l’expression personnelle de ce pouvoir qui l’habite.
Comme nous l’enseigne la tradition Nordique : le don, le pouvoir est une part du sacré dont nous disposons. Mais cette part du sacré est fragile. Elle peut être annihilée par notre manière d’être, notre comportement, un acte de rupture d’un tabou, par exemple.

Je voudrais préciser ici la nature profondément universelle du don en tant que part du sacré. Autrement dit, la sagesse incline à considérer le don comme une part du sacré et non comme une force à usage personnel.
Chacun d’entre-nous possède un ou des dons, mais je veux parler ici du don fondamental. Nous pouvons comprendre ce don comme l’expression d’un cheminement karmique, le don étant la possibilité d’évoluer dans cette vie. Le don est alors un outil de développement personnel et non une puissance à exercer sur l’extérieur.
En somme le don est en fait un patrimoine à gérer et à partager.

Le don est inscrit dès la naissance mais il peut rester enfoui en l’être toute une vie selon sa relation au sacré. Le don peut s’exprimer au travers d’un rêve, d’une vision, d’une manière particulière de résoudre certaines situations, d’une compréhension singulière, d’une capacité particulière à réaliser un acte spécifique ou à vivre son destin.
On peut identifier soi même son don personnel par une conviction intérieure mais parfois, il n’est compris que par le regard des autres sur nous-même.

Que la plupart des grandes traditions accordent une grande vertu au don qui est celui la non un pouvoir personnel mais réaliser un acte de donation à autrui, n’est pas une question de morale, mais une façon de comprendre le mystère de la respiration du monde et se trouve une extension moderne de la vision chamaniste, a savoir ne prendre que ce qui nous est nécessaire et toujours en laissant quelque chose en compensation et en préservant le futur. Mais, c’est aussi une protection contre la tendance vers la facilité et l’inclination vars la possession égoïste qui met en danger la vie de la personne égoïste mais aussi, le sort du monde.

« La générosité est honneur et louange, soutien et dignité des hommes et aussi aide et secours à tout être malheureux qui manque de tout le reste. Je crois que libéral fut Frodi. » Poème Norvégien de la Tradition Nordique
Dans la Tradition Nordique, Gébo est le don, la gaefa c’est la part de chance, de Destin que l’homme reçoit par les Dises (fées du destin) Peut être est ce pour cela que la fête des mères se fêtait la veille de noël (Jul) ; Dans la sacralité nordique, l’homme est façonné, formé et reçoit le souffle de vie du destin, c’est le don des Nornes.
Au nombre de trois, elles choisissent le destin de chaque être mais lui donne aussi, la gaefa, la part de sacré, d’énergie nécessaire pour affronter son existence terrestre dans ce qu’elle doit être.
Selon la vision chamaniste, le don est une manière de régénérer le monde (et j’ajoute : soi-même)

« Le pouvoir d’une chose ou d’un acte
Est dans la signification
Et la compréhension que nous en avons »

Black Elk

Chez les indiens de la côte nord-ouest d’Amérique du Nord, la structure sociale est devenue très complexe et s’est trouvée représentée par les cérémonies du « Potlach ». Ce mot d’origine nootka signifie : donner.
En fait le but de ces cérémonies etait de confirmer le statut social de chacun, mais chacun connaissant avec exactitude son rang Ces sociétés sédentaires, très riches avaient développées une hiérarchie sociale élaborée.
Mais de même qu’en polynésien ou dans le monde scandinave, celui qui avait le statut le plus élevé, le chef de tribu et de lignage avait pour fonction d’accumuler des richesses puis d’en assurer la redistribution en fonction des besoins. Le potlach servait donc à affirmer la supériorité d’un chef de lignage sur un autre ou même de la suprématie d’une tribu sur une autre. On peut voir le potlach comme une opération de prestige
Et de vanité, mais c’était aussi un échange d’insulte, l’occasion de regagner une notoriété perdue, etc. En fait cette cérémonie était une sorte de psychodrame servant à réguler les tensions dans le groupe et hors du groupe, mais nous éloigne de la notion de don dans ce qu’il a de plus sacré.

Mais, si la nature, la terre, le ciel, le grand esprit, nous ont fait cadeau d’un don qui je le rappelle n’est pas à usage personnel, qu’elle est alors son utilité ?

Le don est une capacité à vivre son destin puisque notre existence n’a d’autre fonction que celle d’évoluer vers l’union avec l’indicible et non pas à valoriser une vaine personnalité. Pour cela, il nous faut prendre conscience de notre don et de l’orienter. Il est important de donner une direction à nos possibilités et que cette direction soit fertile c’est-à-dire utile à la communauté des hommes et du monde.